MOF Cuisine 2026 – qui sont les treize nouveaux lauréats ?
La 28e session du concours « Un des Meilleurs Ouvriers de France » a consacré treize nouveaux lauréats dans la classe Cuisine. Réunis au Lycée Hôtelier International de Lille pour les dernières épreuves, ces chefs ont dû démontrer leur maîtrise technique, leur capacité d’organisation et leur aptitude à construire une cuisine personnelle sous la pression du concours.
Cette promotion 2026 réunit des chefs étoilés, des héritiers de grandes maisons, des entrepreneurs et des cuisiniers rompus aux compétitions. Du Luberon au Vercors, de Saint-Émilion à Saint-Bonnet-le-Froid, elle reflète aussi la place prise par les territoires dans la gastronomie française. Avec Marie Gricourt et Margaux Moisière, deux femmes rejoignent cette année le cercle encore restreint des MOF Cuisine. Food & Sens vous présente les parcours des treize nouveaux lauréats.

Noël Bérard : La Bastide, Capelongue
Noël Bérard dirige les cuisines de La Bastide, le restaurant étoilé de Capelongue, à Bonnieux. Dans cette propriété installée au-dessus du village, face aux paysages du Luberon, le chef développe une cuisine profondément attachée à la Provence. Les produits méditerranéens, les légumes, les herbes aromatiques et le travail mené avec les producteurs locaux occupent une place centrale dans son expression.
Sa cuisine ne cherche pas à réduire la Provence à quelques marqueurs attendus. Elle s’appuie sur les saisons, la maturité des produits et une lecture précise de ce territoire. L’obtention du titre de MOF Cuisine apporte une nouvelle reconnaissance à un parcours construit dans une maison où l’assiette doit dialoguer avec le paysage, l’hospitalité et l’identité du Luberon.

David Charrier : Les Belles Perdrix, Château Troplong Mondot
David Charrier est le chef des Belles Perdrix, le restaurant étoilé du Château Troplong Mondot, à Saint-Émilion. Sa cuisine se construit au cœur d’un domaine viticole dont elle prolonge l’identité. Le potager, les produits de saison et les ressources du territoire bordelais alimentent une proposition pensée pour accompagner les vins du château et inscrire le repas dans son environnement.
Lauréat du Trophée Cuisine de la Mer, des Lacs et des Rivières Gault&Millau en 2017, il dirige aujourd’hui une table récompensée de trois toques et d’une note de 15,5/20 dans l’édition 2026 du guide. Son titre de MOF distingue une cuisine de terroir précise, mais aussi la capacité à faire vivre un restaurant gastronomique au sein d’un grand domaine viticole sans dissocier l’assiette du vin.

Alexis Decoret : Maison Decoret, Vichy
Alexis Decoret représente la nouvelle génération d’une famille étroitement liée à la gastronomie française. Fils de Jacques Decoret, MOF Cuisine 1996, et de Martine Decoret, il a grandi dans l’univers de la Maison Decoret, à Vichy. Formé notamment auprès de la famille Troisgros, il a progressivement trouvé sa place dans l’entreprise familiale, où travaille également son frère Antoine, pâtissier.
Son titre intervient exactement trente ans après celui de son père. Au-delà du symbole, cette réussite raconte une transmission qui ne consiste pas seulement à reprendre une maison ou un nom. Alexis Decoret doit désormais affirmer sa propre identité tout en prolongeant une cuisine enracinée dans le terroir bourbonnais. Deux générations de cuisiniers portent désormais le col bleu-blanc-rouge au sein de la même famille.

Matthieu Derible : Le Art, Château de la Gaude
Matthieu Derible dirige Le Art, le restaurant gastronomique du Château de la Gaude, près d’Aix-en-Provence. Son parcours l’a conduit dans plusieurs grandes maisons françaises, parmi lesquelles Lameloise, le Relais Bernard Loiseau et La Chèvre d’Or. Ces expériences lui ont permis de construire une solide maîtrise technique avant de développer une écriture plus personnelle en Provence.
Au Château de la Gaude, il compose une cuisine contemporaine guidée par les produits du territoire, sans renoncer aux fondamentaux acquis dans les grandes brigades. Le restaurant est récompensé de quatre toques et d’une note de 17/20 par Gault&Millau 2026. Le titre de MOF vient consacrer ce parcours entre héritage de la haute cuisine française, précision du geste et recherche d’une expression adaptée au paysage provençal.

Marie Gricourt : Gric, Orléans
Meilleure Apprentie de France en 2013, Marie Gricourt s’est formée auprès de Frédéric Anton, Éric Frechon et Christophe Hay. En 2017, elle devient la première femme à intégrer les cuisines de l’Élysée. Ces expériences lui permettent de découvrir des univers très différents, de la rigueur des grandes brigades parisiennes à une cuisine davantage tournée vers les producteurs et les ressources d’un territoire.
Elle dirige aujourd’hui Gric, à Orléans, où elle construit sa propre identité de cheffe. Lauréate du Trophée Cuisine des Prairies et des Pâturages en 2024, elle reçoit ensuite le trophée Grand de Demain lors du Gault&Millau Tour Centre-Val de Loire 2026. Son accession au titre de MOF confirme une progression rapide. Avec Margaux Moisière, elle porte à quatre le nombre de femmes distinguées dans la classe Cuisine depuis la création du concours.

Rudy Langlais : La Scène Thélème, Paris
Rudy Langlais est le chef des cuisines de La Scène Thélème, à Paris, une maison qui fait dialoguer gastronomie et création artistique. Le restaurant associe le temps du repas à une programmation théâtrale, plaçant la cuisine dans un environnement où plusieurs formes d’expression se rencontrent. Cette singularité impose au chef de construire une identité capable d’exister dans un lieu qui ne repose pas uniquement sur l’assiette.
Son parcours se caractérise par une recherche de précision et par une approche contemporaine de la cuisine française. Moins exposé médiatiquement que certains autres lauréats, Rudy Langlais appartient à cette génération de chefs dont la reconnaissance s’est d’abord construite dans les cuisines. Le titre obtenu à Lille met en lumière cette maîtrise professionnelle et récompense un engagement constant dans le métier.

Paul Marcon : Maisons Marcon, Saint-Bonnet-le-Froid
Paul Marcon incarne la troisième génération d’une famille devenue indissociable de Saint-Bonnet-le-Froid. Fils de Régis Marcon, Bocuse d’Or 1995, il travaille au sein des Maisons Marcon avec son frère Jacques. Dans le restaurant familial triplement étoilé, les champignons, les herbes, les lentilles et les produits des hauts plateaux continuent de nourrir une cuisine dont l’identité s’est construite sur le territoire.
Son parcours personnel est déjà marqué par des concours majeurs. Vainqueur du Trophée Jean Delaveyne en 2022, Paul Marcon remporte le Bocuse d’Or en 2025 avant de devenir MOF Cuisine en 2026. Ces trois distinctions demandent des qualités différentes, de la créativité à l’endurance, en passant par la maîtrise technique et la capacité à travailler sous pression. Son nouveau titre prolonge l’histoire familiale tout en confirmant son statut de cuisinier à part entière.

Margaux Moisière : L’O des Vignes, Fuissé
Margaux Moisière dirige L’O des Vignes, à Fuissé, au cœur du Mâconnais. Dans ce restaurant distingué d’une étoile Michelin, elle défend une cuisine attentive aux produits et aux saisons, inscrite dans une région où la table entretient naturellement un dialogue avec la vigne. Son travail recherche la lisibilité, sans écarter la technicité nécessaire à une cuisine gastronomique.
Elle s’était déjà fait remarquer en 2019 lors de la sélection Auvergne-Rhône-Alpes du Trophée Masse, en obtenant la deuxième place derrière Paul Marcon. Sept ans plus tard, les deux chefs se retrouvent parmi les lauréats du MOF Cuisine. Avec Marie Gricourt, Margaux Moisière devient l’une des deux femmes sacrées lors de cette session 2026, une réussite qui contribue à faire évoluer la représentation féminine dans l’un des concours les plus exigeants de la profession.

Ludovic Nardozza : Asterales, Corrençon-en-Vercors
Ludovic Nardozza a été formé auprès de Philippe Girardon et de Jean-Luc Rocha, deux chefs Meilleurs Ouvriers de France. Cette proximité lui a permis de comprendre très tôt ce que représente le titre, mais aussi le niveau de rigueur nécessaire pour l’obtenir. En 2017, il devient champion du monde du lièvre à la royale, une victoire qui révèle son attachement aux grands classiques et aux gestes techniques de la cuisine française.
Installé à Corrençon-en-Vercors, il dirige Asterales, restaurant auquel le Guide Michelin attribue une première étoile en 2025. Gault&Millau lui remet ensuite le Trophée Terroir d’Exception 2026. Sa cuisine s’inspire des paysages du Vercors, de ses élevages et de ses ressources végétales. Le titre de MOF vient relier ces deux dimensions de son parcours : une solide culture classique et une volonté de donner une expression contemporaine à son territoire.

Loïc Renand : Auberge du Père Bise, Talloires
Le parcours de Loïc Renand est étroitement lié à l’Auberge du Père Bise, à Talloires, où il évolue auprès de Jean Sulpice. Cette maison historique de la gastronomie française occupe une position particulière, au bord du lac d’Annecy et face aux reliefs alpins. La cuisine y puise dans les poissons du lac, les plantes sauvages, les herbes et les produits de montagne.
Travailler dans cet environnement suppose une connaissance précise des saisons et des ressources locales, mais aussi une grande régularité dans l’exécution. En obtenant le titre de MOF Cuisine, Loïc Renand inscrit son nom dans l’histoire d’un concours où la maîtrise individuelle doit s’exprimer au-delà du prestige de la maison dans laquelle le candidat travaille. La distinction récompense ainsi le cuisinier autant que son parcours au sein d’une grande brigade.

Yoshitaka Takayanagi : Granite, Paris
Originaire du Japon, Yoshitaka Takayanagi s’est construit un parcours au sein de plusieurs tables parisiennes. Il a travaillé au Meurice, à L’Agapé puis à La Scène Thélème, où il a collaboré avec Rudy Langlais, également sacré MOF en 2026. Il dirige aujourd’hui Granite, restaurant parisien distingué d’une étoile Michelin, dans lequel il développe une cuisine française précise, nourrie de sa culture japonaise.
Vainqueur de la sélection française du Prix Culinaire International Pierre Taittinger en 2015, il connaît depuis longtemps l’univers des concours. Finaliste du MOF Cuisine en 2022, il choisit de se présenter une nouvelle fois, après plusieurs années de travail supplémentaires. Sa victoire en 2026 donne une portée particulière à son parcours. Elle récompense sa persévérance et sa capacité à transformer une première finale en expérience fondatrice.

Kévin Vaubourg : Le Chalet du Sire, La Féclaz
Kévin Vaubourg s’est formé auprès de chefs aux identités affirmées, notamment Anne-Sophie Pic et Gilles Goujon. Deux maisons différentes, mais une même exigence dans la précision des goûts, la maîtrise technique et la construction des sauces. Ces expériences lui ont donné les bases nécessaires pour imaginer son propre projet, loin du modèle des grands restaurants urbains.
Avec Lucille Routin, il est aujourd’hui chef et copropriétaire du Chalet du Sire, à La Féclaz, dans le massif des Bauges. Il y développe une cuisine attachée à la montagne et aux ressources locales. En septembre 2026, il reçoit le Prix Tremplin lors des Trophées Le Chef, quelques jours avant d’obtenir le titre de MOF Cuisine à Lille. Cette double reconnaissance met en lumière un cuisinier qui a choisi l’entrepreneuriat et l’ancrage savoyard.

Samuel Victori : Les Agitateurs, Nice
Samuel Victori est diplômé de l’Institut Paul Bocuse, dont il est sorti major de promotion. Il poursuit ensuite sa formation auprès de la famille Troisgros puis au Bristol Paris. Deux expériences qui lui permettent d’approcher des conceptions différentes de la haute cuisine, avant de créer à Nice le restaurant Les Agitateurs avec Juliette Busetto et Pierre-Jean Arpurt.
Distinguée d’une étoile Michelin, cette maison lui offre le terrain nécessaire pour développer une cuisine personnelle et assumer les responsabilités d’un chef entrepreneur. Samuel Victori possède également une véritable culture des concours. Lauréat du Challenge Foie Gras Saint Martin des Jeunes Créateurs Culinaires puis du Trophée de l’Œuf en 2015, il ajoute avec le MOF Cuisine 2026 la distinction la plus importante de son parcours.

Président de la classe Cuisine, Alain Ducasse a rappelé la portée du diplôme au moment de la proclamation : « L’engagement des candidats dans cette 28e session témoigne de l’importance de ce diplôme. Être MOF représente un véritable accomplissement professionnel. C’est la volonté de toujours viser à l’excellence. Ce soir, de nombreux métiers de bouche et de l’hospitalité étaient réunis. C’est un signal fort pour le rayonnement de la gastronomie française. J’espère que ce mouvement incitera d’autres classes à se joindre à nous à l’avenir pour porter encore plus loin notre message. »
Ces treize nouveaux lauréats rejoignent désormais une histoire collective, derrière le col bleu-blanc-rouge se trouvent des années de formation, de concours, de remises en question et de travail quotidien. Le titre vient les distinguer. Il les engage aussi à transmettre, à former et à représenter l’exigence attachée aux Meilleurs Ouvriers de France.
Photos by Guillaume Erblang

















