The Book of Citrus Fruits par Iris Lauterbach – L’ode aux agrumes du XVIIIe siècle de J. C. Volkamer

16 février 2021  0  MADE BY F&S Une poule sur un mur
 

signature-food-and-sensLa Poule sur un Mur s’est posée avec délice, sur une branche lourde de fruits, au jardin des Hespérides, a feuilleté avec curiosité les milliers de pages qui retracent le travail inouï d’un théoricien des agrumes, Johan Christoph Volkamer, passionné d’agrumes, de Citrus. Fasciné par ces merveilles qui venaient de débarquer en Europe, il en a étudié l’histoire, la culture, au XVIII siècle et laisse un témoignage extraordinaire en planches, gravures qui explosent de couleurs pour conter la fabuleuse histoire des Citrus. « C’était un désir de chaleur et de Méditerranée dont les gens avaient soif, et Volkamer a créé exactement les choses qui peuplent ce genre de rêves. » – Philographikon Gallery

 

L’AUTEUR – Iris Lauterbach a étudié l’histoire de l’art et la philologie romane à Mayence, Pavia et Paris, et a obtenu son doctorat en 1985. Depuis 1991, elle est membre du département recherche du Zentralinstitut für Kunstgeschichte de Munich et enseigne l’histoire de l’architecture des jardins à l’Université technique de Munich. Ses recherches se concentrent sur les restitutions d’art après 1945, la France du XVIIIe siècle et sur l’histoire de l’art des jardins en Europe, du XVIe au XXe siècle.

 

 

LE LIVRE – THE BOOK OF CITRUS FRUITS – Reliure en tissu – 384 pages et 4834 grammes acidulés de citrons, limons et autres agrumes célestes qui flottent sur gravures et planches comme des corps célestes au-dessus de villas italiennes, de jardins à Nuremberg et de paysages pittoresques. Reproduisant une rare série de gravures sur cuivre mises en couleur à la main, cette édition montre 170 variétés d’agrumes. Pleine de parfums et de couleurs, elle fait revivre un temps où ces fruits étaient vraiment exotiques, rares et réservés à l’élite, aux rois et reines, aux nobles, aux riches commerçants, qui pouvaient avoir en leur château des « Orangeries » qui protégeaient du froid et des caprices du climat ces arbustes porteurs d’arômes envoûtants, de feuillage au vert éblouissant, de fruits extraordinaires, de fleurs blanches qui font tourner la tête avec leur parfum de jardin d’éden, de jardin paradisiaque qui explose au coeur de l’hiver. Les fruits sont représentés de manière opulente, la compositions des gravures n’est pas négligée, elles mettent en scène fruits et maisons, harmonieusement. 

 
 

LE SUJETCITRUSVous êtes-vous déjà imaginé les agrumes en corps célestes, suspendus comme des anges ou des héros dans les cieux?  J. C. Volkamer oui, il a mis en scène dans des situations surréalistes, débordantes d’imagination, d’extravagante et de détails, les agrumes, grandeur nature. Les grumes sont là en majesté, non comme de simples fruits accrochés à une branche d’arbre non comme des héros de gravures, les fruits dansent magiquement entre ciel et terre, rêve et réalité. Avec la légèreté des nuages ils semblent passer au-dessus du monde terrestre, survoler villas italiennes, paysages du nord, ponts et les jardins, châteaux et maisons bourgeoises, palais et parterres.  Les arbres sont là aussi, alignés au cordeau dans des jardins flamboyants, se devinent derrière des fenêtres. Ce marchand de Nuremberg et horticulteur amateur (1644–1720) commanda une série de gravures sur cuivre grand format à couper le souffle, représentant des cédrats, des citrons et des oranges amères.  Des gravures qui peuvent rivaliser avec les plus belles peintures, les plus célèbres et remarquables natures mortes qui inondaient les murs dans ces siècles-là,  témoins de l’intérêt vif pour les sciences naturelles, la botanique, l’opulence et le plaisir des yeux, le voyage, l’exotisme. En ces temps-là les herbiers de botanistes fleurissaient et envahissaient les cabinets de curiosité que tout grand amateur d’art et de science avait en sa maison., les jardins des plantes ouvraient ici et ailleurs.

J. C. Volkamer s’intéresse tant à ces spécimens exotiques et odoriférants, pratiquement inconnus au nord des Alpes, qu’il s’y consacre vite totalement. Afin que son jardin regroupe une grande variété de spécimens, il fait venir des plants d’Italie, mais aussi d’Afrique du Nord et même du Cap de Bonne-Espérance. Obnubilé par les agrumes, il commande à une équipe de graveurs sur cuivre 256 planches de 170 espèces pour illustrer un traité en deux volumes. Le premier volume est publié en 1708, sous le titre : Les Hespérides de Nuremberg, ou : La description détaillée de ces nobles fruits, citrons, limons et oranges amères ; comment ceux-ci peuvent être correctement plantés, soignés et répandus dans cette même région et dans la région avoisinante. Il ne reste aujourd’hui que peu d’exemplaires en couleurs de l’œuvre de Volkamer. Cette édition a été établie à partir de deux volumes mis en couleur à la main, récemment découverts dans les archives municipales de la ville de Fürth. Cette réimpression comprend aussi 56 illustrations supplémentaires, que l’auteur comptait publier dans un troisième volume, imaginant ainsi une œuvre botanique de toute beauté, aussi précise que fantastique.

De gravures en gravures, nous allons deviner et suivre l’aventure avec pépins des fruits divins,  un tour du monde, une traversée du temps, des siècles, une épopée entre légendes et petites histoires, histoire du monde où se croisent des civilisations, des peuples, des aventuriers, des découvreurs de terres et de saveurs, des conquistadores et des empereurs. Tout commence il y des milliers d’années en Asie, loin, très loin, dans ces ailleurs où empereurs et mandarins (qui portaient de superbes robes de soie de la couleur de la mandarine) régnaient sur des empires immenses. On devine les Romains, les Portugais grands voyageurs, Vasco de Gama qui ouvrit la route des Indes et revint cousu d’or et d »argent, les poches remplies de graines et de pépins de « citrus », plus précisément d’orange, qui venaient de faire leur premier grand voyage, de la Chine aux terres méditerranéennes en contournant l’Afrique… Des milliers et des milliers de graines, de pépins, de semences dans un grand genre du classement botanique, les Citrus. il n’y a pas que le citron, sous ce nom acidulé se cachent des familles à la peau colorée de toutes les nuances de jaune, d’orange, qui roulent comme des billes plus ou moins rondes sur les pages de l’histoire du monde. D’abord iil y a les rotacées, noble famille regroupant sous son nom les agrumes, dont les fameux citrus nés et installés entre Inde et Indonésie avant que le vent et les hommes ne les dispersent  et qu’ils ne partent à la conquête de l’ouest, en longues migrations en fond de cales des navires des Maures, des Génois, des Portugais, des Espagnols et des Hollandais  qui croisaient sur les mers et océans, faisaient la conquête de terres et de peuples au nom de leur roi et de leur reine et ramenaient de ces terres soumises graines et espèces jusqu’alors inconnues en Europe mais qui allaient s’acclimater et illuminer les terres de leurs cinquante nuances de soleil, sièger au plus près des statues et fontaines. Johann Christoph Volkanmer avec son « Livre des Hespérides » a repris cette tradition très ancienne d’interêt pour les agrumes, « les plus beaux ornements de l’art des jardins ». Tradition familiale aussi; la famille Volkamer faite « d’érudits, gens de cour et valeureux guerriers », au cours de voyages d’étude à travers l’Europe avait acquis de solides connaissances en botanique, sciences, médecine. Tout naturellement, Johann Christoph a développé ces qualités et la passion pour les agrumes et ne comptera ni son temps ni son argent pour publier ses deux volumes, sans cesser jusqu’à son dernier souffle de se passionner pour la culture des agrumes tout en multipliant les planches à mettre sous presse et entretenir des relations avec ses confrères du monde entier pour compléter son oeuvre et publier un troisième ouvrage… Tout au long de sa vie de chercheur érudit, il a collectionné des centaines de planches mettant en scène son jardin de Nuremberg où il cultivait des plants en pots et en pleine terre, des palais et des villas, avec une précision et une analyse pointues. L’auteur écrit pour de riches propriétaires comme lui, passionnés, pour « le plaisir des amateurs curieux et des jardiniers désireux de s’instruire », des propriétaires disposant de temps et d’argent pour apprendre à cultiver des fruits célestes, se familiariser avec les mots de la botanique, se sensibiliser aux multiples nuances du jaune  et rêver appartenir à ce réseau d’érudits et de spécialistes de botanistes passionnés.

 

L’AVIS DE LA POULE SUR UN MUR – BEAU, TRÈS BEAU LIVRE,TRÈS TRÈS TRÈS BEAU LIVRE – Une encyclopédie somptueuse, le sujet Citrus n’a jamais été mis en mots, en planches et gravures  avec autant de grandeur, de recherche, de pertinence. Un livre d’art assurément qui regroupe les plus belles planches qui mêlent botanique et architecture, des oeuvres au plus près de la vérité. Un beau, très beau livre pour non seulement mettre des zestes de citrus dans notre vie mais des giclées de pertinence, de savoir, d’harmonie et de connaissance dans ces jours de pandémie où les citrus nous apportent les vitamines, la couleur et ce petit plus lumineux dans nos jours sans soleil. Livre d’histoire qui en illustrations colorées remonte le temps, nous pose et nous transporte au XVIII siècle, siècle des lumières, de la liberté de pensée, de la tolérance, de la fête, des colonies, de sociétés brillantes où la conversation est un art, siècle des sciences, des premiers restaurants, des empires coloniaux et des comptoirs, du commerce maritime qui déverse dans la vielle Europe citron et cédrat, et tous les citrus, qui poussaient dans les merveilleux jardins paradisiaques de la Perse antique, verger des nymphes, le jardins des Hespérides. Livre de connaissance fraîche et acidulée sur cette grande famille, celle des agrumes, qui nous accompagne dans notre quotidien avec ses goûts et ses parfums. Livre histoire d’une passion, il est passeur en images de culture et de cultures, comme une transmission de savoir, il retrace la vie d’un passionné qui lègue ses gravures comme testament d’un homme qui a mis au service des citrus son temps et sa culture. Livre de botanique, livre d’histoire, livre d’architecture, photographie instantanée d’une époque, du XVIII siècle, siècle d’or, siècle du faste du précieux, des sciences, des intellectuels et des philosophes, des vanités et des curiosités, où les agrumes déversent du rare, du luxueux, de l’exotisme, de la lumière bienvenus après l’obscurantisme des années passées. C’est tout cela que l’on retrouve sur les pages du livre, à feuilleter sans modération, dans l’ordre qui vous plait, pour la beauté des images.

THE BOOK OF CITUS FRUITS – Première Édition spéciale, limitée à 5.000 exemplaires numérotés – J. C. VOLKAMER –  Iris Lauterbach – Édition multilingue: Allemand, Anglais, Français – TASCHEN – 125€ © Stadtarchiv Fürth, Germany

 

 

   

     

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