Les dessous de la faillite de Nutresia … et de l’autocuiseur CHEF CUISINE – Anne-Sophie Pic :  » Nous avons fait notre part dans ce projet « 

01 juin 2017  6  Chefs & Actualités Dossiers F&S
 

signature-food-and-sens Nutresia SA c’est la société suisse qui avait imaginé, conçu et commercialisé l’autocuiseur – Chef Cuisine – qui permettait de remettre en température des plats cuisinés de qualité. Grâce à un réchauffage intelligent on pouvait obtenir de véritables plats gastronomiques à la maison.

Malheureusement le produit n’a pas trouvé son public, le prix élevé d’acquisition de la machine, la complexité de sa mise en oeuvre au quotidien, un marché par encore prêt à autant de précision… pourtant l’idée était géniale, la chef Anne-Sophie Pic s’était personnellement investie dans le projet et avait prêté son image, son talent et mis au point les recettes, enfin une machine proposait des cuissons parfaites et un réchauffage maîtrisé.

Voilà ce que révèle la presse Suisse ( 24Heurs.ch ) – EXTRAITS –

Les 34 millions de francs (suisses soit 31 Millions d’euros)  injectés dans le projet n’y auront pas suffi : la société Nutresia SA, qui souhaitait révolutionner la cuisine en amenant la gastronomie d’Anne-Sophie Pic à la maison grâce à un autocuiseur révolutionnaire, vient de déposer le bilan. Elle avait  pourtant fait le tour de toutes les chaînes de télévision peu avant Noël 2015, afin de vanter les mérites de son Chef Cuisine. En vain. Et comme il n’est désormais plus possible de commander ses fameux petits plats à réchauffer sur Internet, la Toile gronde.

L’idée du Chef Cuisine avait mijoté dans l’esprit de Jonathan Pennella, président de Nutresia SA, pendant cinq longues années. C’est lui qui, pour Nestlé, avait développé les produits Special T et Dolce Gusto, deux succès mondiaux qu’il espérait transposer au milieu de la gastronomie. Sur le principe, le cuiseur automatique mixait les techniques du bain-marie et de la vapeur, dans lequel les plats cuisinés d’Anne-Sophie Pic étaient «remis en température», au degré près, grâce à une puce incorporée dans les «enveloppes saveurs». Une fois déboursés 229 francs pour l’appareil, …/…. Sauf que la sauce n’a pas pris.

«Je reste persuadé que le concept était excellent au niveau de la recherche et du développement. C’est vrai que cela a demandé beaucoup d’argent, mais on avait besoin de beaucoup de volume pour tourner, et le succès n’a pas été au rendez-vous», concède Jonathan Pennella. Il faut dire que le business plan était ambitieux : pour que l’affaire roule, il fallait vendre 40’000 appareils par année. «Nous l’avons lancé en pleine période de fêtes de fin d’année en 2015. Avec les spots publicitaires dans lesquels Anne-Sophie Pic vantait le produit, on espérait même en écouler 35’000 durant les tout premiers mois», se souvient le président de Nutresia SA. Mais au final, seules 6000 machines se sont retrouvées dans les foyers. Et encore. En comptant celles en promotion et celles offertes «parce qu’elles étaient plus utiles chez les gens que dans les dépôts», ce sont 2000 modèles qui ont réellement été vendus par année. Pire qu’un cuiseur automatique: un véritable four.

Des machines trop bradées

Sentant l’échec arriver, la société Nutresia a bien tenté de repositionner Chef Cuisine en misant davantage sur les plats cuisinés du quotidien que sur les plats gastronomiques estampillés Anne-Sophie Pic. Le prix des machines a été revu à la baisse, atteignant 129 euros avec six plats offerts, quand bien même elle coûtait 250 francs à la production en Chine. En vain. «Le calcul n’était pas le bon. A un prix aussi bas, on ne fidélise pas un client. Il passe une commande de plats une fois, pour voir, et il s’arrête souvent là», analyse aujourd’hui Jonathan Pennella. L’infrastructure devenait «démesurée» par rapport au volume écoulé. Les prix fixes étaient trop élevés. La faillite était inévitable. Elle a été prononcée par l’Office cantonal fribourgeois en mars dernier. «Le juge ne nous a pas donné l’occasion de restructurer l’entreprise, en nous accordant un sursis par exemple, c’est dommage.»

Cinq fondateurs, dont Jonathan Pennella, étaient les premiers actionnaires de Nutresia SA. Soutenue par le Canton de Fribourg, la société avait ensuite augmenté son capital en convainquant des proches. Une somme suffisante pour peaufiner les détails, dessiner les premiers plans et concevoir des prototypes. Puis de gros investisseurs avaient rejoint l’aventure, parmi lesquels une «grande famille» de Suisse, une autre famille de France active dans la presse et le géant français de la volaille LDC (Poulets de Loué). En 2016, une nouvelle levée de fonds de 9 millions de francs avait été réalisée. Jonathan Pennella:   » L’argent est malheureusement perdu pour les investisseurs, mais tout le monde était au courant qu’il y avait un risque, dès le départ. « 

…/…

Caroline Raymond directrice de la communication d’Anne-Sophie Pic répond à La Tribune de Genève 

 » Nous avons fait notre part dans ce projet, nous avons apporté notre expertise et notre savoir-faire en nous investissant en temps et en énergie. Anne-Sophie Pic est désolée pour les clients de Chef Cuisine, qui se retrouvent avec cet appareil sur les bras, mais elle ne regrette pas d’en avoir porté l’image. C’était un beau projet. « 

  » Son souhait était véritablement d’apporter sa contribution à ce qui devait être une révolution dans le monde des plats cuisinés. Elle y croyait et elle s’y est engagée à 400%, mais dans ce genre d’aventure très ambitieuse, il n’y a pas de risque zéro. Il faut du temps pour asseoir une telle innovation. Il est parfois difficile de changer les comportements alimentaires. « 

 » Elle ne l’aurait pas fait s’il ne s’était agi que d’une question d’image. Mais il est vrai que s’il devait y avoir une prochaine fois, avec la nouvelle équipe de Chef Cuisine ou pour un autre projet, je crois qu’il faudra qu’on lui présente de solides garanties « 

 

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6 réflexions au sujet de « Les dessous de la faillite de Nutresia … et de l’autocuiseur CHEF CUISINE – Anne-Sophie Pic :  » Nous avons fait notre part dans ce projet «  »

  1. Iamflox

    Je suis une des personnes qui avait reçu gratuitement l’appareil ‘chef cuisine’ mais je tiens à dire que pour moi le problème n’était absolument pas le prix de l’appareil, mais plutôt la clientèle cible ainsi que le fonctionnement de l’appareil et les produits.

    Fan de technologies et attentif à tous les autocuiseurs et machines connectées du marché, je me suis bien évidemment intéressé rapidement à ChefCuisine, un produit qui semblait innovant, un marketing léché jusqu’au bout des doigts, et des offres attrayantes.
    L’idée de réchauffer des plats de grande qualité préparés par les meilleurs chefs, avec une cuisson parfaite, c’était une petite révolution à l’instar du système Nespresso pour le café.

    J’avais donc reçu l’autocuiseur, une machine lourde est assez imposante (un peu comme un mini-pc) ainsi qu’un kit de dressage et j’ai entrepris de commander quelques plats, le site web proposant des dates de livraison. Ensuite ce fut bien plus compliqué:
    – les plats proposés étaient abordables, mais les plus succulents étaient évidemment chers et il y avait quand même peu de choix. Utiliser chef cuisine 3x par semaine nécessitait de passer des commandes régulières sur leur site, en respectant les dates de livraison et se creuser la tête pour ne pas répéter les plats déjà pré-composés. Pas si simple en fait.
    – les box contenaient plusieurs barquettes (viande, accompagnement, légumes) avec différentes dates de péremption, ce qui posait un autre problème: il fallait sélectionner la date la plus proche pour s’assurer que le produit ne serait pas périmé. Et acheter plusieurs box nécessitait de stocker les produits dans son frigo, et donc remplir un casier de petites boites.
    Bref, à la facilité théorique de cuisson se substituait un travail administratif entre les commandes, le stockage et l’attente de livraison.

    Ensuite la cuisson:
    – l’appareil était simple d’usage: il fallait le remplir d’eau et mettre les boites dans des socles pour ensuite les glisser dans l’appareil, appuyer sur un bouton et attendre les bips pour retirer les socles des différentes zones de cuisson vapeur.

    Dressage:
    – Et c’est là que le rêve s’effondre. Dresser un plat n’est pas à la portée de tous, ce n’est pas parce qu’on a un kit avec une douillet et une pipette qu’on peut dresser parfaitement un plat en quelques secondes. J’avais beau suivre le petit manuel imprimé (avec photos), au mieux le plat avait l’air mangeable, au pire la sauce s’effondrait sur les aliments. la plupart du temps c’était moche.

    Les portions:
    – On sait bien que chacun souhaite la portion qu’il désire, mais ici les portions étaient toutes précalculées, donc impossible d’avoir du rab. Si on prenait un exemple simple d’un plat « Poitrine de veau roulée » (CHF 16.80), pour 4 personnes le prix total était donc de CHF 67.20, ajoutons-y une entrée de 4 crème de courge (CHF 14.00), cela faisait un total de CHF 123.20 pour 4, pour un peu de veau, des légumes et une soupe. Et sans supplément.

    Maintenance difficile:
    – Après usage, il fallait vider l’eau bien évidemment. Mais il n’y avait aucun tube de vidange. Il fallait donc porter la lourde machine (encore plus lourde avec l’eau) et la renverser dans le lavabo. Il fallait donc une certaine force pour y arriver. C’était un problème technique important qu’il aurait fallu rapidement régler.

    Origine des aliments:
    – Et c’est là que le bât blesse. Une société Suisse qui livre en Suisse des produits culinaires de haute qualité …fabriqués en France. Et oui, les plats ChefCuisine étaient entièrement créés et mis sous barquettes en France, puis acheminés par les services postaux jusqu’en Suisse.
    On peut comprendre les problèmes logistiques ainsi que les coûts des produits et de la main d’oeuvre entre la Suisse et la France, mais malheureusement un système qui se prétend faire de la ‘haute cuisine’ implique le choix de produits du terroir, pas des produits qui parcourent des centaines de kilomètres en camion. Qui dit cuisine de qualité dit cuisine locale, produits bio et de proximité…et là c’était tout sauf de la proximité.

    La clientèle cible:
    – Cette clientèle a pour moi été toujours difficile à cerner. Les personnes à très hauts revenus ont des cuisiniers, ceux qui sont à l’aise financièrement ont des cuisines qui valent des fortunes et adorent cuisiner des produits eux-mêmes.
    Un appareil qui fait tout et dont on doit enlever les couvercles de barquettes, c’est plus un concept populaire pour ‘celui ou celle qui a pas le temps ou les compétences’ qu’une histoire de rang social.
    Pour résumer en évoquant le café: les Nespresso c’est bien pour un café rapide à la maison, ou au job. Mais les personnes aisées ont toutes une machine JURA ou DeLonghi dispendieuse avec broyeur à café et dispositif de sélection avec écran tactile.

    J’en avais discuté avec certaines personnes qui étaient impliquées indirectement dans le projet et nous avions tous convenu, alors que le produit était encore sur le marché, qu’il disparaitrait d’ici peu de temps. Et nous ne nous étions pas trompés.

    A l’époque, je me disais que si le modèle avait été différent, par exemple avec la distribution de plats à réchauffer soit micro-ondes soit par ChefCuisine (pour une meilleure qualité de cuisson) auprès de grands distributeurs suisses comme Migros et Coop, donc à des prix abordables et un choix très varié. Il est possible que ce produit ait rencontré une clientèle durable. Encore plus avec les périodes de confinement que nous vivons depuis 2020

    Nutresia avait choisi un modèle économique différent, plus axé sur le luxe et les hauts revenus, ils se sont juste plantés.
    J’ai déposé ma machine à la décharge publique, il me reste le sac de réfrigération qui est très pratique, et les outils de dressage sont dans un carton au grenier.

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  2. Mepp29

    Quel dommage. Nous trouvions que la promesse d’apporter des repas gastronomiques à domicile était bien tenue même si les portions étaient un peu petites au début. Il est vrai que si le cuiseur avoir été polyvalent, cela aurait été plus pratique et aurait peut-être tenté plus de monde. Il ne reste plus qu’à aller dans l’un de ses restaurants. Ça tombe bien, on habite à côté….

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  3. Pascal

    Le principal problème de cet autocuiseur était son manque de flexibilité.
    j’en ai possédé un, des collègues en ont possédé.
    Le même constat pour nous tous : impossible de cuire autre chose que les plats d’Anne Sophie Pic.
    Ce qui a porté préjudice à l’initiative d’A.S.Pic? D’être associée à cet autocuiseur.
    Il existe d’autre autocuiseurs sous vide, plus chers, au même prix et moins chers.
    Si A.S. Pic avait proposé ses plats avec des autocuiseurs non dédiés mais polyvalents les commandes auraient continué.
    L’initiative d’A.S. Pic était la bienvenue, c’est cet autocuiseur qui ne « servait à rien » qui a planté ce début de démocratisation gastronomique.

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    1. cuissonChef

      Le projet de démocratisation de la cuisson sous-vide basse température est porté par d’autres innovateurs. Une solution est de se passer complètement d’autocuiseur. C’est ce que nous faisons avec un indicateur de cuisson jetable et une application IOS. Résultat équivalent avec une casserole, de l’eau et une app qui s’appelle cuissonChef !!!

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  4. Bernard

    Je possède un appareil Chef cuisine et me demande s’il peut avoir une utilisation dans le futur ou
    s’il est possible de le recycler ou
    si quelqu’un reprendra le projet ?
    Bref qu’en faire?

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  5. magali

    c’était une bonne idée mais les recettes étaient trop spéciales aucun plat traditionnel bref j’avais la machine mais à part les raviolis je n’aimais pratiquement rien!!!

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