Dijon – La Cité de la gastronomie n’arrive toujours pas à trouver la bonne recette – Les difficultés s’accumulent

Dijon – Quatre ans après son ouverture en grande pompe, la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin de Dijon traverse une nouvelle zone de turbulences. Après la liquidation des trois établissements exploités par le groupe Épicure au printemps dernier, c’est désormais le Village de la Cité, cœur commercial du projet, qui vient d’être placé en redressement judiciaire. Une succession de difficultés qui interroge sur le modèle économique de ce projet particulièrement ambitieux.
L’histoire commence pourtant avec tous les ingrédients d’une réussite, en 2010, le « Repas gastronomique des Français » entre au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Trois ans plus tard, Dijon est choisie, aux côtés de Lyon, Tours et Paris-Rungis, pour intégrer le réseau des Cités de la gastronomie.

La municipalité dijonnaise confie en 2014 à Eiffage la conception, la réalisation et le financement d’un vaste programme installé sur l’ancien hôpital général, à quelques minutes du centre-ville et au départ de la route des Grands Crus. Sur 6,5 hectares et quelque 70 000 m² de bâtiments réhabilités ou construits, l’investissement global annoncé approche les 250 millions d’euros, essentiellement porté par des acteurs privés. La Ville conserve notamment la gouvernance du pôle culturel, soutenu financièrement par l’État et la région Bourgogne-Franche-Comté.
Lorsque la Cité ouvre finalement ses portes le 6 mai 2022, l’ambition est considérable : expositions consacrées à la gastronomie et au vin, commerces de bouche, restaurants, cave, cinéma Pathé, logements, école Ferrandi Paris et projet hôtelier. Le Village gastronomique, porté par le groupe K-Rei de William Krief, doit constituer le cœur gourmand et commercial de l’ensemble. Food & Sens avait d’ailleurs consacré un article à son ouverture et aux ambitions affichées à l’époque par William Krief.
Épicure, premier sérieux coup d’arrêt – Parmi les locomotives annoncées figurent également les établissements exploités par Épicure Investissement de l’entrepreneur Julien Bernard et du chef trois étoiles Éric Pras : La Table des Climats, restaurant gastronomique centré sur les accords mets-vins, Le Comptoir de la Cité et surtout La Cave de la Cité, spectaculaire espace dédié au vin proposant plusieurs milliers de références.

Mais la fréquentation ne répond pas suffisamment aux ambitions initiales et le poids des charges devient difficile à supporter. Les trois établissements sont placés en redressement judiciaire le 1er avril 2025. Épicure pointe notamment le niveau des loyers, versés à la SCPI Vendôme Régions, gérée par Norma Capital.
Malgré plusieurs mois de restructuration et la présentation d’un plan de continuation, le tribunal de commerce de Dijon estime finalement que les conditions d’un redressement durable ne sont pas réunies. Le 10 avril 2026, La Table des Climats, Le Comptoir de la Cité et La Cave de la Cité sont placés en liquidation judiciaire et ferment leurs portes. Épicure annonce alors vouloir faire appel de la décision.
Un coup dur supplémentaire pour un site qui avait déjà vu le projet hôtelier initial s’effondrer après la liquidation de son porteur et l’implantation de Ferrandi perdre l’ampleur imaginée au lancement.
Maintenant, le Village gastronomique – Quatre mois après Épicure, c’est donc au tour du Village de la Cité de passer sous la protection du tribunal.
À sa demande, le tribunal de commerce de Dijon a ouvert le 25 août 2026 une procédure de redressement judiciaire, assortie d’une période d’observation. La société exploite la partie commerciale connue sous le nom de Village gastronomique. Plusieurs établissements sont concernés, notamment La Cuisine Expérientielle, Meurette, Persillé et La Planche. L’activité continue pour l’instant et les établissements restent ouverts.
La situation financière était déjà fragile : les comptes 2024 publiés de la société faisaient apparaître environ 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires pour une perte nette de 476 000 euros. Son capital avait ensuite été porté à 3 millions d’euros en 2025. Plus récemment, des contentieux financiers entre la société exploitant le Village et Eiffage Immobilier Est ont également été révélés. Des procédures portant sur plusieurs millions d’euros témoignent de tensions remontant à plusieurs années.
Un modèle à réinventer
Il serait toutefois excessif d’annoncer « la faillite de la Cité de la gastronomie ». La Cité est un ensemble complexe réunissant plusieurs propriétaires, exploitants et acteurs publics et privés. C’est actuellement la société exploitant le Village gastronomique qui bénéficie de la protection du tribunal, et non l’ensemble de la Cité internationale de la gastronomie et du vin.
La partie culturelle continue notamment son activité, la Métropole réfléchit même à reprendre davantage la main sur l’entrée du site : elle envisage l’acquisition du hall, propriété du groupe exploitant le Village, pour environ 1,3 million d’euros, afin d’y installer une présence de l’office de tourisme et d’en faire une porte d’entrée vers Dijon, la Bourgogne et la route des Grands Crus.
Reste une question difficile à éviter : le projet n’a-t-il pas été dimensionné trop grand par rapport à la réalité de sa fréquentation commerciale ?
En quatre ans, plusieurs éléments majeurs du modèle initial ont vacillé : projet hôtelier contrarié, retrait ou réduction de certaines activités de formation, liquidation des restaurants Épicure et maintenant redressement judiciaire du Village gastronomique.
La gastronomie et le vin demeurent de formidables moteurs d’attractivité pour Dijon et la Bourgogne. Mais entre ambition culturelle, immobilier, restauration et commerce, la Cité découvre une réalité connue de tous les restaurateurs : avoir un beau concept et une belle adresse ne suffit pas, encore faut-il générer suffisamment de flux pour remplir les tables et équilibrer les comptes.
La période d’observation qui vient de s’ouvrir dira si le Village peut désormais trouver cette recette.
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