Guy Savoy – La gourmandise entre à l’Académie des Beaux-Arts

23 mai 2026  0  Non classé
 
signature-food-and-sens

La gourmandise entre à l’Académie

Roulement de tambour à l’Institut de France. La Garde républicaine marque, en toute solennité, l’entrée sous la coupole des immortels de l’Académie des Beaux-Arts

Dans leurs rangs, Guy Savoy, chef étoilé parisien. De son restaurant éponyme, à l’Hôtel de la Monnaie voisin, sur le quai de Conti, ce dernier n’a eu que quelques dizaines de mètres à franchir pour rejoindre celles et ceux qu’il peut désormais appeler ses « consœurs » et « confrères ».

En ce mercredi 20 mai 2026, la gastronomie française franchit une nouvelle étape dans la reconnaissance de ses valeurs, de ses métiers, de ses produits et de se ses convives. Mais Dieu qu’il a fallu attendre ! La récompense aura mijoté plus de deux siècles, depuis la fondation de l’Académie des Beaux-arts en 1816, et la prédiction du gastronome écrivain Jean Brillat-Savarin, 9 ans plus tard : « Il est impossible qu’avant le laps de peu d’années, la gastronomie n’ait pas ses académiciens.« 

Artisanat ou art ?

Le secrétaire perpétuel Laurent Petitgirard a d’ailleurs admis, dans son discours d’installation, que « l’élection d’un gastronome aurait dû être la conséquence de la Révolution qui apporta au monde les restaurants et les Droits de l’homme« . Or, la Seine a longtemps coulé sous le Pont-Neuf, avant que l’univers des cuisiniers rejoigne celui des artistes. Au reste, Guy Savoy hésite encore, il qualifie son métier « d’artisanat d’art » tout en admettant que « puisque les artistes ont décidé que la cuisine pouvait rentrer à l’Académie des beaux-arts, ils ont déclaré que la cuisine est un art« . Artisanat ou art ? Vaste question à laquelle tous les chefs vous répondront par la première option. 

Le travail, l’apprentissage, l’apport de la main, la répétition du geste, la recherche de l’excellence tracent le chemin de l’artisanat. Pourtant, combien sont devenus des artistes, à l’image d’un Pierre Gagnaire improvisateur de son inspiration, d’un Jérôme Schilling peintre de son assiette, d’un Alexandre Gauthier créateur d’émotions, d’un Guy Savoy magicien des saveurs. Guillaume Gomez, ambassadeur itinérant de la gastronomie, confiait juste avant la cérémonie : « C’est de l’art éphémère, bien sûr, mais quand il y a du génie et de l’émotion ! Car voilà bien ce qu’on attend d’une œuvre d’art : du génie et de l’émotion. » 

Si l’honneur d’incarner cette mise en valeur de la gastronomie revient à Guy Savoy, celui-ci a tenu à associer, dans sa propre allocution, toute la chaîne de la gourmandise : « Me voici donc artisan, et peut-être devenu artiste par la grâce de mon élection, et entraînant à ma suite tous les artisans qui œuvrent à la gastronomie, les paysages de France, les arts de la table, la sommellerie, la courtoisie, l’art de recevoir, bref l’art de vivre à la française, l’art de bien vivre à la française.« 

Une première étape de cette consécration remonte à une quinzaine d’année, avec l’inscription par l’Unesco du « repas gastronomique des Français » au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Un combat porté, notamment, par Guy Savoy et le géographe Jean-Robert Pitte.

Nous ne retracerons pas ici le parcours du nouvel immortel, depuis ses premières armes au restaurant de Bourgoin-Jallieu – où il remplaça, à l’âge de 15 ans et pour quelques semaines, sa maman Léonie tombée malade, ce qui lui permit de révéler ses aptitudes – jusqu’à la très belle salle de la Monnaie de Paris où des œuvres d’art dialoguent avec les assiettes des convives.

« La Discrète » – Un mot tout de même sur son épée d’académicien, baptisée « La Discrète ». Elle prend la forme d’un sabre d’abordage, d’une « cuillère à pot » et d’un bâton de randonneur ! Trois facettes pour un homme qui n’hésite jamais devant l’action, qui n’a rien de plus précieux que de régaler les autres, et qui s’échappe régulièrement pour des marches dans les grands espaces. Soulignons la malice de Savoy ; il a fait graver sur le pommeau, au dos de la forme de cuillère à pot, des peaux d’artichaut. Son légume préféré est le seul – clame-t-il haut et fort – à avoir un cœur. Surtout, il compose le plat emblématique crée par Guy Savoy : la fameuse soupe d’artichaut à la truffe, brioche aux champignons.

Un regret toutefois pour cette installation de la gourmandise sous la coupole. Certes la brigade du restaurant de la Monnaie de Paris, au grand complet, toques dressées et tabliers blanc immaculé, entourait son chef. Certes les amis stars du cuisinier (Line Renaud, Julien Clerc, Fabien Galthié, Laurent 

Gerra ou Jean-Claude Casadesus), réchauffaient le cœur de celui qui est devenu à son tour un incontournable des people.

Certes sa famille l’accompagnait, en particulier ses 7 petits enfants dont les prénoms sont gravés sur son épée d’académicien. Mais son autre famille, celle des cuisiniers, était étrangement peu représentée, jouant elle aussi « la discrète ». Georges Blanc, Marc Haeberlin, Pierre Hermé, Guillaume Gomez… on les comptait sur les doigts, dans les bancs de l’assistance. Dommage.

Par Bernard Thomasson pour F&S

FACEBOOK TWITTER
VOTRE CLASSEMENT
  • Je suis fan (0%)
  • Mmmm interessant (0%)
  • Amusant décalé (0%)
  • Inquiétant (0%)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *