Le Guide Michelin dévoile ses premières Grappes : le vin entre dans l’univers Michelin
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Le Guide Michelin poursuit son extension. Après les étoiles pour les restaurants, les clefs pour les hôtels, les prix de sommellerie et les distinctions liées à l’engagement, voici désormais les Grappes Michelin. Le 7 juillet 2026, à Dijon, le guide rouge a dévoilé sa première sélection consacrée aux domaines viticoles, inaugurant un nouveau chapitre dans son histoire.
Cette première édition se concentre sur la Bourgogne, plus précisément sur trois territoires viticoles : la Côte de Beaune, la Côte de Nuits et la Côte Chalonnaise. Un choix à la fois symbolique et stratégique. Symbolique, parce que la Bourgogne incarne l’une des lectures les plus fines du rapport entre vin, climat, parcelle et producteur. Stratégique, parce que Michelin entre ici dans un univers déjà très hiérarchisé, très commenté, mais encore difficile à lire pour le grand public.
Une nouvelle distinction pour les domaines viticoles
Avec les Grappes, Michelin transpose au vin une mécanique qu’il connaît bien : créer un repère simple dans un monde complexe. La distinction se décline en une, deux ou trois Grappes, selon le niveau de reconnaissance accordé aux domaines.
Pour cette première sélection, neuf domaines reçoivent la plus haute distinction, soit trois Grappes. Vingt domaines obtiennent deux Grappes, et trente domaines sont distingués d’une Grappe. Le dispositif crée immédiatement une hiérarchie lisible, pensée pour guider les amateurs, les voyageurs et les professionnels vers des producteurs considérés comme remarquables.
Voici les domaines primés
3 Grappes – Côte de Nuits : Cécile Tremblay, Dugat-Py, Roumier, Domaine de la Romanée-Conti, Domaine Leroy. Côte de Beaune : Domaine d’Auvenay, Coche-Dury, Jean-Marc & Thomas Bouley, Hubert Lamy.
2 Grappes – Côte de Nuits : Dujac, Domaine Denis Mortet, Georges Mugneret-Gibourg, Bruno Clair, Gérard Mugneret, Jacques-Frédéric Mugnier. Côte de Beaune : Domaine Jean-Claude Bachelet, Paul Pillot, Domaine Arnaud Ente, Domaine Benoît Ente, Domaine des Comtes Lafon, Domaine Étienne Sauzet, Domaine Leflaive, Bonneau du Martray, Benoît Moreau, Lamy-Caillat, Domaine des Croix, Jean-Marc Vincent. Côte Chalonnaise : Bruno Lorenzon, Dureuil-Janthial.
1 Grappe – La première sélection distingue également 33 domaines d’une Grappe : 20 en Côte de Nuits et 13 en Côte de Beaune.
Le vocabulaire change, mais la logique reste la même : signaler, orienter, classer. Michelin ne se contente plus de dire où manger ou où dormir. Il dit désormais où regarder le vin.
Pourquoi la Bourgogne ?
Le choix de la Bourgogne n’a rien d’anodin. Peu de régions viticoles incarnent aussi fortement la relation entre un lieu, un sol, un climat et une signature humaine. Ici, le vin se comprend par la précision. Par la parcelle. Par la transmission. Par la différence entre deux rangs de vigne que quelques mètres séparent.
C’est aussi une région où la question du producteur est centrale. Le nom du domaine pèse autant que le nom du climat. Dans cette logique, les Grappes Michelin ne viennent pas seulement récompenser une bouteille. Elles reconnaissent une maison, une constance, une manière de travailler, une capacité à faire exister un terroir dans la durée.
Ce point est essentiel. Michelin ne crée pas une note de dégustation supplémentaire. Il tente d’installer un repère de confiance autour d’un producteur.
Le vin comme nouvelle frontière du guide rouge
Depuis plusieurs années, Michelin élargit son champ. Le restaurant reste son socle historique, mais l’institution construit progressivement un écosystème complet du voyage : la table, l’hôtel, l’expérience, désormais le vin. Cette évolution n’est pas seulement éditoriale. Elle est stratégique.
Le vin est l’un des derniers grands territoires à intégrer pleinement dans cette logique de recommandation globale. Il prolonge naturellement l’assiette. Il structure la destination. Il attire une clientèle internationale. Il crée du séjour, du déplacement, de la réservation, de la mémoire.
Avec les Grappes, Michelin ne regarde plus seulement le moment du repas. Il regarde ce qui l’entoure : la cave, le domaine, le paysage, le producteur, le territoire.
Un outil de lisibilité dans un monde saturé
Le monde du vin est saturé de classements, de notes, de guides, de critiques, d’appellations, de classements historiques et de hiérarchies internes. L’arrivée de Michelin peut donc sembler paradoxale : pourquoi ajouter un repère à un univers qui en compte déjà beaucoup ?
Justement parce que cette abondance rend la lecture difficile. Pour l’amateur non spécialiste, le vin reste souvent intimidant. Les Grappes cherchent à simplifier l’accès, à créer un raccourci de confiance, comme les étoiles l’ont fait pour les restaurants.
Cette simplification aura forcément ses limites. Le vin ne se consomme pas comme un repas. Une bouteille voyage. Un domaine peut être absent du marché. Un millésime peut changer la perception. Mais Michelin semble vouloir se placer moins dans la note immédiate que dans la reconnaissance d’une trajectoire et d’une régularité.
Une distinction qui va peser sur l’œnotourisme
L’effet le plus immédiat pourrait se jouer sur le tourisme viticole. Une Grappe Michelin peut devenir un argument de destination, surtout pour une clientèle internationale qui connaît déjà la force du logo.
Pour les domaines distingués, l’enjeu dépasse l’honneur symbolique. Il touche à la visibilité, à la demande, aux visites, aux réservations, aux allocations, parfois même à la perception de valeur. Le vin entre dans la mécanique Michelin, et avec elle dans une économie du signal.
La question sera alors de savoir comment les domaines géreront cette nouvelle exposition. Certains sont déjà très demandés. D’autres pourraient bénéficier d’un effet de révélation. Dans tous les cas, les Grappes ajoutent un nouvel étage à la construction de la réputation.
Une extension qui interroge aussi le rôle de Michelin
Cette nouvelle distinction pose une question de fond : jusqu’où Michelin peut-il étendre son autorité sans diluer son identité ?
Historiquement, le guide rouge évaluait des tables. Aujourd’hui, il cartographie une expérience beaucoup plus large. Ce mouvement est cohérent avec l’évolution du voyage gastronomique, mais il modifie la nature même de l’institution. Michelin ne devient pas seulement un guide de restaurants. Il devient un opérateur de repères dans l’univers du goût, du séjour et de la destination.
Les Grappes marquent donc moins une curiosité qu’un basculement. Le vin entre dans l’univers Michelin, mais Michelin entre aussi dans un monde où l’autorité est déjà disputée, fragmentée, ancienne, parfois méfiante.

Avec ses premières Grappes, Michelin ouvre un nouveau territoire. La Bourgogne sert de point de départ, mais l’enjeu dépasse largement la région. Il s’agit de savoir si le guide peut appliquer au vin ce qu’il a réussi dans la restauration : créer un langage immédiatement compréhensible, capable de transformer une distinction en repère mondial.
Le vin n’avait pas attendu Michelin pour exister. Mais Michelin, en s’y installant, lui ajoute une couche supplémentaire de visibilité, de hiérarchie et de désir.
Après les étoiles et les clefs, les Grappes confirment une chose : le guide rouge ne se contente plus de raconter la gastronomie. Il construit désormais une cartographie complète de l’art de vivre.


















