Thierry Marx depuis Fleury-Mérogis :  » Cuisiner permet de tisser du lien social tout en apaisant les tensions. « 

16 avril 2018  0  Non classé
 

signature-food-and-sens  Le chef étoilé, en compagnie des ministres de la Justice et du Travail, a inauguré ce lundi sa formation « Cuisine mode d’emploi(s) » au sein de la plus grande prison d’Europe. Les détenues y suivent des cours de cuisine.

Face à leur formatrice, les apprenties cuisinières écoutent les dernières instructions. D’ici quelques minutes, elles devront servir les produits qu’elles ont préparés ce lundi matin – macarons, verrines et autres petits-fours – à soixante-dix convives. Rien d’exceptionnel si ce n’est que ce service se déroule dans un local de la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis.

Un an après le lancement d’une école « Cuisine mode d’emploi(s) » dans le quartier de Grigny 2, le chef étoilé Thierry Marx a inauguré sa recette pour la réinsertion dans la plus grande prison d’Europe. « Des cours existent pour des détenus qui sont en semi-liberté mais cette formation au sein des murs d’une prison est une première, se réjouit Véronique Carrion, la directrice générale de Cuisine mode d’emploi(s). Cela fait bientôt deux ans que nous portons ce projet. Nous avions pensé à Réau (Seine-et-Marne) et à Fresnes (Val-de-Marne) mais il n’y avait pas de locaux disponibles, contrairement à ici. »

Trois semaines de stage en entreprise

Durant les huit semaines de formation, 7 heures par jour, les six femmes, qui ont été sélectionnées sur leur motivation et leur projet d’avenir, vont découvrir toutes les ficelles du métier. L’objectif : maîtriser 80 gestes de base et 90 recettes, toutes plus savoureuses les unes que les autres. « Je suis incapable de dire celle que je préfère, à chaque fois que j’en goûte une je la trouve excellente », rit d’elle-même Shaïnah, 22 ans.

Après la théorie, place à la pratique. Avec l’accord du juge des peines, et sur étude des dossiers, les apprenties – incarcérées sur de courtes peines correctionnelles – suivront trois semaines de stage en entreprise à partir du mois de juin. Soit en semi-liberté où elles retourneront dormir dans leur cellule, soit munies d’un bracelet électronique. Elles seront épaulées tout au long de leur cursus par l’association Wake up Café qui depuis 2014 accompagne les détenus jusqu’à leur embauche.

« Cela fait 20 ans que je travaille avec les milieux de privation de liberté, il n’y a jamais eu de problème. Tout se joue sur la confiance, assure Thierry Marx. Cuisiner permet de tisser du lien social tout en apaisant les tensions. Nous voulons créer des idées de projet dans un lieu où l’on croit que plus rien n’est possible. » Un projet appuyé par Muriel Pénicaud et Nicole Belloubet, respectivement ministres du Travail et de la Justice. « Développer les formations en prison est un enjeu majeur, rappelle la garde des Sceaux. C’est le moyen de leur apprendre des bases solides, leur redonnant espoir en un autre avenir. »

Après une seconde session au sein de la maison d’arrêt des femmes, la cuisine, imaginée de manière mobile, s’installera dans celle des hommes pour une série de trois formations.

« Le soir je n’ai pas envie d’enlever mon tablier, il est trop précieux »Shaïnah, 22 ans

Leurs yeux pétillent dès qu’elles parlent de leur formation. Après un mois de cours intensif, les quatre apprenties présentes lors de l’inauguration, ce lundi, du cursus « Cuisine mode d’emploi(s) » porté par le chef Thierry Marx au sein de la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis ne manquent pas d’enthousiasme. « On fait 7 heures par jour, mais ce n’est pas assez, on n’a pas de temps pour débriefer, sourit Janick, 47 ans. On est même volontaire pour travailler les jours fériés. »

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