Les vidéos de Cédric Grolet font des émules sur Instagram…

Cédric Grolet a-t-il créé un format Instagram devenu trop reproduit, voir trop copié ?
Cédric Grolet n’a pas seulement bouleversé les codes de la pâtisserie contemporaine. Il a aussi imposé une manière de la montrer. Sur Instagram et TikTok, ses vidéos sont devenues une véritable signature : production spectaculaire, gestes millimétrés, accumulation deproduits, finition face caméra et, presque toujours, dégustation finale. Un format aujourd’hui repris par quelques pâtissiers, jusqu’à devenir un peu trop répétitif ?
Impossible de nier l’influence de Cédric Grolet sur la pâtisserie de ces dix dernières années. Ses fruits en trompe-l’œil, ses fleurs, ses viennoiseries et son travail autour du produit ont fait le tour du monde. Mais le pâtissier français a également compris très tôt la puissance des réseaux sociaux. Dès 2018, le Guide Michelin soulignait déjà le rôle d’Instagram dans son ascension et constatait que son travail commençait à être largement imité.
Depuis, la mécanique s’est considérablement affinée. Les vidéos de Cédric Grolet répondent à une grammaire immédiatement identifiable : un immense plan de travail, des quantités impressionnantes de pâte ou de fruits, une succession rapide de gestes techniques, des dizaines – parfois des centaines – de pièces alignées, puis le produit terminé. Dernière séquence devenue presque incontournable : le chef prend le dessert en main, le coupe ou le croque devant la caméra.

La recette fonctionne. Certaines vidéos consacrées à ses fruits réalistes ont enregistré plusieurs dizaines de millions de vues : 35 millions pour une pomme, 36 millions pour un pamplemousse ou encore 48 millions pour une banane, selon La Repubblica. Cédric Grolet a ainsi transformé le geste pâtissier en spectacle numérique.
Quand le format devient une recette – Forcément, lorsqu’une formule rencontre un tel succès, elle inspire. De nombreux pâtissiers ont adopté les mêmes codes : caméra frontale, laboratoire épuré, fabrication accélérée, accumulation spectaculaire des produits, montage rythmé et dégustation finale.
Le phénomène ne date d’ailleurs pas d’hier. Dès 2023, le pâtissier italien Alberto Magri était présenté comme le « Cédric Grolet italien », tant ses vidéos reprenaient des éléments similaires : travail de grandes masses de pâte, cadrages, montage et dégustation face caméra.

Plus récemment, certaines publications de Chiara Serpaggi peuvent susciter la même comparaison. La jeune cheffe pâtissière possède pourtant son propre univers, notamment autour du pochage, devenu l’une de ses signatures. Elle connaît aussi parfaitement l’univers Grolet puisqu’elle est passée, au cours de sa formation, par sa Pâtisserie Opéra.
Dans ses vidéos récentes, on retrouve néanmoins certains codes désormais familiers de la pâtisserie sur Instagram : quantité, répétition du geste, produit présenté frontalement, mise en scène très maîtrisée et dégustation devant l’objectif.Faut-il parler de copie ? Le terme serait probablement excessif. Il s’agit davantage d’un format devenu un standard des réseaux sociaux, exactement comme certaines mises en scène se sont imposées dans la mode, le fitness ou la cuisine.
La pâtisserie risque-t-elle de tourner en boucle sur Instagram ?
À force de vouloir répondre aux algorithmes et reproduire les formats qui génèrent des millions de vues, les pâtissiers ne risquent-ils pas de finir par tous communiquer de la même manière ?
Cédric Grolet a eu l’intelligence d’inventer – ou tout au moins de systématiser – une narration adaptée aux réseaux sociaux. Le produit se comprend immédiatement, le geste fascine, la quantité impressionne et la dégustation apporte la conclusion attendue. Une construction redoutablement efficace. Mais une signature n’a de force que lorsqu’elle permet d’identifier celui qui l’a créée.
La nouvelle génération de pâtissiers semble désormais confrontée à un autre défi : après avoir appris à fabriquer des desserts « instagrammables », il lui faut peut-être inventer sa propre manière de les raconter. Car sur les réseaux sociaux comme en pâtisserie, lorsque tout le monde utilise la même recette, l’effet de surprise finit forcément par retomber.

















