Bodrum côté Maçakızı : luxe, gastronomie et liberté

06 août 2026  0  F&S LIVE
 

signature-food-and-sens

À une trentaine de minutes de Bodrum, accroché aux collines de Göltürkbükü, le Maçakızı Hotel a fait de la gastronomie l’un des piliers de son identité. À une époque où la cuisine turque contemporaine cherchait encore ses nouveaux repères, l’hôtel faisait déjà partie de ceux qui ouvraient la voie.

Le nom, « la dame de pique », est l’héritage direct d’une femme incroyable. Il s’agit de Ayla Emiroğlu, fondatrice de l’hôtel, mère de l’actuel propriétaire Sahir Erozan et figure aujourd’hui légendaire d’une Bodrum qui, à l’époque, vivait encore, au rythme lent d’un village de pêcheurs. Son esprit se respire partout : d dans l’atmosphère bohème, dans les jardins méditerranéens qui enveloppent chambres et allées, dans les plusieurs oeuvres d’art qui agrémentent la déco et dans cette sensation rare et précieuse d’un lieu qui a été habité avant d’être pensé.

Depuis son installation à Göltürkbükü en 2000, après plus de vingt ans d’histoire commencée en 1977 en tant que petite pension bohème à Bodrum, le Maçakızı a grandi sans jamais se trahir. Les villas blanches descendent vers la mer entre bougainvillées, oliviers, pins et maquis méditerranéen, le long de chemins presque labyrinthiques, pensés précisément pour préserver le silence et l’intimité. Plus qu’un resort, l’endroit ressemble à une grande maison de famille avec une âme bien précise.

En cuisine, depuis le début des années 2000, c’est Aret Sahakyan qui commande : un chef d’origine arménienne, né à Istanbul et grandi entre les petites boutiques de quartier et les cuisines familiales, où les gestes étaient transmis par les mères et les tantes. Puis, une formation qui l’a mené aux États-Unis, à l’école française de Jean-Louis Palladin, et aussi aux fourneaux de Francesco Ricchi, qui a laissé une empreinte profonde dans sa façon de travailler les pâtes, les sauces et les équilibres d’une assiette.

Considéré comme l’un des pères de la nouvelle cuisine turque, le chef Aret Sahakyan a su donner une forme contemporaine à une tradition immense, sans jamais la réduire au folklore ni la trahir à coups d’effets spectaculaires. Au centre de tout, il y a le produit : légumes, herbes, épices, miel, olives, huile d’olive, poisson, fruits de mer, agneau, pistaches. Tout ce que cette côte généreuse offre au quotidien.

Le Maçakızı Restaurant est le cœur gastronomique de l’hôtel. À midi, l’ambiance est solaire et conviviale, et le buffet se présente comme un véritable manifeste d’abondance méditerranéenne : lentilles à la grenade et à la menthe, aubergines épicées, purée de fèves, poivrons farcis au riz, lahmacun au citron et aux herbes, manti, kebabs dans des versions autant généreuses qu’épurées. Le soir, le registre devient plus gastronomique et international, avec de fréquents clins d’œil à l’Italie : risotto aux champignons et beurre aux herbes, manti d’agneau, spaghetti aux calamars, piment et citron, gnocchis au crabe ou au homard, etc. Des assiettes qui ne cherchent pas la surprise à tout prix, mais une sophistication naturelle, parfaitement à sa place face à la mer Égée, et qui ont valu au chef sa première étoile Michelin qu’il garde sans aucune défaillance depuis novembre 2023.

Fort de cette récompense, il a ainsi décidé d’ouvrir Ayla en 2024. Un projet totalement différent, dissimulé derrière une porte discrète, presque invisible. Ici, le chef a approfondi sa recherche autour des souvenirs d’enfance, des produits du territoire, des petits producteurs locaux avec qui il travaille depuis des années et le retour du public a été incroyable.

Mais, à peine un an après son ouverture, l’histoire d’Ayla a pris un tournant inattendu : il a changé de formule et se consacre désormais exclusivement aux événements privés et aux occasions particulières. Et comme le chef lui-même nous l’a expliqué, ce n’est pas un déclassement, ni une fermeture déguisée : c’est plutôt un choix radical d’exclusivité. À une époque où la gastronomie de haut niveau court souvent après la visibilité et les réseaux sociaux, ce restaurant a choisi la direction inverse : disparaître presque entièrement, pour n’être vraiment unique que pour ceux qui parviennent jusqu’à lui et réservent sur mesure leur expérience.

Pour le reste, le décor de Maçakizi ne change pas : la mer Égée au coucher du soleil, les toits blancs du village, la végétation qui semble vouloir envahir chaque recoin, mais surtout cette idée de luxe très particulière qui ne passe pas par une perfection froide, mais par une liberté maîtrisée: un coussin légèrement déplacé, un chien qui traverse le lobby ou en core un serveur qui connaît les habitués depuis des années devienne le vrai.

Et c’est peut-être là que la cuisine de Sahakyan trouve aussi son sens le plus authentique : non dans l’envie d’impressionner, mais dans celle d’appartenir. À cette côte, à son histoire, aux produits des alentours, aux gestes transmis avant lui. À une Turquie gastronomique qui regarde aujourd’hui vers le monde sans jamais perdre son propre accent.

FACEBOOK TWITTER
VOTRE CLASSEMENT
  • Je suis fan (0%)
  • Mmmm interessant (0%)
  • Amusant décalé (0%)
  • Inquiétant (0%)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *