Michelin lance ses grappes : Les vignerons de Bourgogne se disent reconnaissants

Michelin lance ses grappes : Les vignerons de Bourgogne se disent reconnaissants
Selon le guide Michelin, l’art de recevoir repose sur trois piliers distincts et complémentaires, voire indissociables : une bonne chère accompagnée de flacons rares dans des logis de grand confort. Gwendal Poullennec, son directeur international, le répète à l’envi : « Dès sa naissance en 1900, le guide indiquait au voyageur les étapes où l’on pouvait bien manger, bien dormir et bien boire. » Il s’avère qu’au fil des décennies, la mise en avant des chefs cuisiniers – avec, depuis quelques années, de prestigieuses cérémonies – a focalisé l’art de vivre sur les étoiles.

En tout cohérence, comme l’a déjà expliqué Food & Sens, un rééquilibrage s’opère puisque le Michelin a lancé il y a deux ans des « clés » pour les établissements hôteliers qu’il classe parmi l’élite, et cette semaine il a donné naissance aux « Grappes » pour distinguer les domaines viticoles. Pour chacun de ces trois piliers, des équipes d’inspecteurs salariés travaillent en toute indépendance selon le même modus operandi : des visites régulières en fonction de critères fixes et universels, ce qui permet de suivre l’évolution des professionnels dans le temps. Pour le grand public, l’accès aux meilleurs vins devient, dès lors, aussi lisible que le choix d’une table : une, deux ou trois grappes. L’éclairage d’une plateforme connue et reconnue. Restait à savoir si cette incursion du prescripteur gastronomique dans l’univers du vin reflèterait la réalité du secteur, déjà soumis à des classements, des prix, des concours, des notations et, bien sûr, la loi du marché ?

« Les distinctions du Michelin sont indiscutables, assure Pierre Grandjean de The Legendary Wines. La sélection est parfaite, les plus grands sont les plus grands, et il y a une très belle mise en avant de jeunes pousses qui dynamisent la Bourgogne aujourd’hui.«


Du côté des viticulteurs distingués, le sentiment est unanime. Cet éclairage par une plateforme mondialement connue (et reconnue) est un atout incontestable. « Pour nous, vignerons, c’est déjà très flatteur, avoue Arnaud Mortet, qui a reçu 2 grappes Michelin lors de la cérémonie à Dijon. Cela donnera accès à une clientèle intéressante, un monde plus ouvert même s’il est peut-être un peu moins connaisseur des vins. C’est une très belle reconnaissance. » Depuis plus de 20 ans, Arnaud Mortet préside aux destinées du domaine Denis Mortet (Gevrey-Chambertin), fondé en 1956, en faisant évoluer le style vers plus de souplesse et d’élégance.

Deux fois 3 grappes pour une femme d’exception
Parmi les lauréats de cette première cuvée de grappes Michelin, une figure légendaire de la Bourgogne a reçu une ovation pour son travail sur deux domaines à la fois. Comme la mère Brazier – qui fut la première cheffe à se voir attribuer deux fois 3 étoiles (en 1933 à Lyon et au col de la Luère) –, Lalou Bize-Leroy décroche deux fois 3 grappes : en Côte de Nuits avec le Domaine Leroy, à Vosne-Romanée, et en Côte de Beaune avec le Domaine d’Auvenay, à Saint-Romain. Pionnière de la biodynamie, guidée par une exigence sans compromis, elle n’a pas caché son émotion : « C’est une mise à l’honneur de notre travail, le guide n’était pas obligé de venir jusqu’à nous. Un grand merci à lui.«

Aux côtés des deux domaines de Lalou Bize-Leroy, sept autres domaines arborent désormais les 3 grappes. En Côte de Nuits : Cécile Tremblay à Morey-Saint-Denis, Dugat-Py à Gevrey-Chambertin, Roumier à Chambolle-Musigny, la Romanée-Conti à Vosne-Romanée. En Côte de Beaune : Coche-Dury à Meursault, Hubert Lamy à Saint-Aubin et Jean-Marc et Thomas Bouley à Volnay. Thomas Bouley, rassuré du « choix collégial et non par une seule personne pour attribuer les grappes, et selon des critères bien définis« . Ce vigneron, qui a fait du domaine familial d’une dizaine d’hectares l’une des adresses les plus respectées de la Côte de Beaune confirme que « tous ceux qui sont là aujourd’hui comptent parmi les meilleurs.«
5 critères de sélection
Les 5 critères de sélection pour accéder aux grappes ont été clairement détaillés au monde viticole, durant la cérémonie à Dijon, par Gwendall Poullennec : « Le soin apporté à la vigne donc le travail du sol et de la plante, la transformation en cave et toute la partie vinification avec la maîtrise des techniques et des procédés, l’harmonie et l’équilibre du vin grâce aux assemblages, la personnalité qui s’exprime chez le vigneron ou la vigneronne, et le maintien de la qualité du vin dans la durée.«

La Bourgogne est la première étape de ce voyage dans les vignobles français. En septembre, les grappes seront attribuées aux vins de Bordeaux. Puis, peu à peu, les autres régions de viticulture entreront dans la signalétique Michelin. Le guide ambitionne, notamment grâce aux équipes du Parker qu’il a racheté il y a une dizaine d’années (équipes aujourd’hui totalement salariées du groupe pneumatique), d’élargir cette grille de distinctions aux grands vins du monde « de la Nouvelle-Zélande à la Californie » (dixit M Poullennec).

Ce regard porté sur le vin par le Michelin semblait indispensable à Xavier Tuizat, meilleur sommelier de France, Meilleur ouvrier de France en sommellerie, et référence internationale en la matière : « Le monde du vin en a bien besoin. Il faut parler du vin, recréer une connexion avec le consommateur et en particulier les jeunes. Ce qui est aussi formidable dans ce travail, c’est le suivi de l’agronomie, de la réputation et de la régularité des crus et surtout de la transmission dans les domaines.«
Texte et photos Bernard Thomasson

















