Les influenceurs et créateurs de contenu ont-ils remplacé les critiques gastronomiques ? … F&S est allé tester « l’influence » de quelques influenceurs !

Les influenceurs ont-ils remplacé les critiques gastronomiques ?
Pendant des décennies, l’ouverture d’un restaurant s’accompagnait d’une attente fébrile : celle du passage des journalistes spécialisés, des guides gastronomiques et des critiques culinaires. Une chronique dans un grand quotidien, un article dans un magazine de référence ou une distinction dans un guide reconnu pouvaient changer le destin d’une table en quelques semaines.

Ce temps n’a pas totalement disparu, mais il n’est plus le principal moteur de fréquentation, deux quotidien sont encore actifs sur le créneau Le Figaro ( avec notamment ses rubriques restauration le vendredi en version Figaroscope et Le Parisien avec sa rubrique du dimanche ).
Aujourd’hui, un simple Réel Instagram ou une vidéo TikTok peut générer des centaines de vues en quelques heures et de possibles réservations. Le téléphone portable a remplacé le carnet du critique, le nombre de vues concurrence désormais le nombre de lignes publiées.
Le phénomène est de plus en plus présent en ligne. Une nouvelle génération de prescripteurs essaye de s’imposer dans le paysage de la restauration, avec plus ou moins de réussite, il y a tout de même beaucoup d’imposteur dans le secteur. Ils ne sont ni journalistes, ni critiques gastronomiques, mais créateurs de contenu. Leur terrain de jeu est Instagram, TikTok ou YouTube. Leur force réside dans leur communauté, parfois composée de quelques milliers d’abonnés, parfois de plusieurs millions ( mais aussi parfois quelques petits milliers d’abonnés totalement hors communauté qui sont simplement là pour gonfler la supposée influence, mais qui n’iront jamais dans les restaurants ).

Ces influenceurs qui énervent les journalistes
Pour de nombreux restaurateurs, cette visibilité est devenue un levier commercial non négligeable. Certains établissements reçoivent quotidiennement des sollicitations d’influenceurs proposant un repas « en échange de visibilité« . D’autres négocient de véritables collaborations rémunérées, comprenant production vidéo, publications, stories et campagnes sur plusieurs semaines. Le marketing d’influence est désormais une composante à part entière de la stratégie de communication de quelques restaurants _ qui semblent y trouver leur compte ?.
Quoi qu’il en soit les journalistes, ceux dont c’est la profession ( ils ont fait leurs études dans cette branche, parfois même ils ont une carte de presse ) sont des pourfendeurs des influenceurs, il faut dire que le comportement de certains influenceurs ont tendance à énerver, surtout quand ils se comportent comme des piques-assiettes. Parfois même les influenceurs sont mis à part dans les voyages de presse, du style on ne se mélange pas !.

Les Agences de Presse et de communication grand prescripteurs des influenceurs On ne compte plus les voyages de presse organisés par les agences de communications, parfois plus de 50 % des invités sont des influenceurs. Tout simplement car il y a de moins en moins de journalistes sur le créneau « critique gastronomique », et parce qu’il faut remplir les sièges vides. Comme les influenceurs ne rechignent jamais à se faire inviter, c’est une bonne façon de justifier auprès des établissements un rendez-vous presse réussi. Un témoin nous rapporte « Lors de l’anniversaire d’un restaurant trois étoiles, de nombreux influenceurs étaient présents pour cet événement assez exceptionnel. Le chef avait concocté un long menu reflet de ses spécialités, une des influenceuses était végétarienne, elle n’a mangé aucun plat… elle était pourtant là pour communiquer ensuite de la cuisine du chef ! » assez édifiant !
Cette évolution soulève néanmoins plusieurs questions. La première concerne l’indépendance. Là où le journaliste est, en principe, rémunéré par son média, le créateur de contenu peut être directement payé par le restaurant qu’il présente. Même lorsque la collaboration est signalée, la frontière entre recommandation sincère et communication commerciale devient parfois difficile à percevoir pour le public. Les réglementations imposent aujourd’hui davantage de transparence sur les contenus sponsorisés, mais leur application reste inégale.

La deuxième question touche à la qualité de l’information. Une vidéo de trente secondes privilégie souvent l’image spectaculaire : une mozzarella qui s’étire, un dessert flambé, une viande découpée devant la caméra. Le décor devient parfois aussi important que l’assiette. La viralité récompense davantage l’émotion immédiate que l’analyse culinaire.
Faut-il pour autant opposer journalistes et influenceurs ? Sans doute pas, les deux univers répondent à des attentes différentes. Le journaliste replace un restaurant dans son contexte, raconte son histoire, analyse sa cuisine, son modèle économique, son évolution. L’influenceur crée de l’envie, de l’émotion et de la proximité avec sa communauté. Les meilleurs d’entre eux réalisent un véritable travail éditorial, tandis que certains médias ont su eux-mêmes intégrer les codes des réseaux sociaux.
Ce qui change profondément, c’est le rapport de force. Les grands médias généralistes n’ont plus le monopole de la prescription. Selon une étude publiée en 2025 par Webedia, les réseaux sociaux des créateurs de contenus food constituent désormais la première source d’inspiration culinaire chez les jeunes générations, devant les médias spécialisés.

Le véritable enjeu est ailleurs – Le secteur de la restauration doit apprendre à distinguer l’influence de la crédibilité. Une vidéo virale peut remplir une salle pendant quelques semaines. Elle ne garantit ni la fidélité des clients, ni la réputation d’un établissement sur le long terme.
Les modes passent vite sur Instagram – La qualité d’une cuisine, l’accueil, la régularité d’une équipe et l’expérience vécue à table restent, eux, les véritables arbitres du succès. Car si les influenceurs peuvent faire venir les clients une première fois, seuls les restaurateurs leur donnent une raison de revenir.
Influenceurs food : qui sont les nouveaux prescripteurs de la restauration ?
Ils filment une salle en quelques secondes, capturent le geste d’un chef, découvrent un plat devant la caméra et prononcent parfois leur verdict avant même que l’assiette ait été dégusté. À Paris comme ailleurs, les créateurs de contenu consacrés à la restauration sont devenus des acteurs pouvant booster la fréquentation des établissements.
Mais tous ne font pas le même métier, derrière l’étiquette générale « d’influenceur food » se trouvent des profils très différents : guides d’adresses, créateurs lifestyle, spécialistes du luxe, pâtissiers, médias locaux, entrepreneurs numériques ou critiques autoproclamés. Leur point commun est de maîtriser les codes d’Instagram : une image rapide, un commentaire accessible, une adresse clairement identifiée et une promesse immédiate.
« Leur influence repose moins sur une analyse détaillée de la cuisine que sur leur capacité à provoquer une envie.«

F&S a consulté le compte de quelques influenceurs … (consultation non calculée, seulement au hasard de visionnage de publication, beaucoup de comptes qui traitent de Paris )
Le Paris Food Alex : la force d’une marque personnelle

Avec plusieurs centaines de milliers d’abonnés, Alexia Peyronnet, derrière @leparisfoodalex, appartient à la catégorie des créateurs devenus de véritables marques médias. Sa ligne éditoriale dépasse largement les seuls restaurants : bonnes adresses, sorties, promenades et idées de week-end composent un univers parisien destiné à un public large. Son compte affichait environ 705 000 abonnés lors des dernières données visibles. Son efficacité tient à une formule simple : une personnalité identifiable, un ton positif et des recommandations faciles à consommer. Le restaurant y devient l’une des composantes d’un art de vivre urbain. Ce positionnement lui permet de toucher davantage de monde qu’un compte exclusivement gastronomique.La limite du modèle est également sa force : la recommandation doit être immédiatement séduisante. L’analyse du produit, de la technique, du service ou du rapport qualité-prix reste généralement secondaire face à la puissance de l’image et à la capacité du lieu à produire un contenu attractif. C’est gentillet comme publications, avec toujours comme radar le prix pratiqué…
Le Paris d’Alexis : la prescription de masse

@leparisdalexis, animé par Alexis Thiébaut, est l’un des comptes les plus importants du secteur, avec environ 853 000 abonnés et plus de 3 000 publications visibles sur Instagram. Sa promesse – « Je vais te donner faim » – résume parfaitement son positionnement. Son contenu repose sur le volume, la régularité et une connaissance étendue de l’offre parisienne. Il publie des sélections, des classements, des listes de restaurants par thème et des adresses accessibles à différents budgets. Une publication récente indiquait qu’il avait testé 233 restaurants en une année, ce qui illustre l’industrialisation possible de la recommandation culinaire sur les réseaux sociaux. Il se rapproche davantage d’un guide numérique que d’un critique gastronomique traditionnel. Son rôle consiste à orienter rapidement le consommateur : où déjeuner, quel bistrot choisir, quelle adresse française réserver ou quel restaurant présente un bon rapport entre prix, décor et plaisir. Dans son principe tout est bon… pas sûr que se soit le cas !
Raph’s Food : une approche plus confidentielle

@raphsfood occupe une position plus artisanale. Le compte se présente comme un carnet consacré aux restaurants et à la street-food, à Paris et ailleurs. Les chiffres visibles restent modestes — autour de 900 abonnés — mais le contenu semble davantage construit autour d’expériences personnelles et de voyages. Ce type de micro-influence peut être intéressant pour les restaurateurs. L’audience est réduite, mais parfois plus attentive et mieux ciblée. Une recommandation adressée à une communauté limitée peut générer moins de vues tout en bénéficiant d’un niveau de confiance supérieur. Les microcréateurs sont souvent plus proches du rôle historique du bouche-à-oreille : ils ne remplissent pas nécessairement un restaurant en quelques heures, mais ils participent à installer progressivement une réputation.
Paris with Charlotte : le restaurant comme art de vivre

Le compte @pariswithcharlotte, animé par Charlotte Chateau, associe photographie, restaurants, art de vivre français et expériences privées. Il revendique une activité de photographe et de community manager, ainsi que l’organisation de dîners privés ( 292 000 abonnés ). Son univers apparaît plus esthétique et plus haut de gamme. Les restaurants étoilés, les hôtels et les belles tables parisiennes y sont abordés comme des éléments d’un décor global. Le contenu repose sur une forte cohérence visuelle, avec une attention portée aux salles, aux arts de la table et à l’atmosphère. Ce compte illustre le rapprochement croissant entre influence gastronomique, production d’images et communication professionnelle. Le créateur ne se contente plus de recommander : il peut également photographier, mettre en scène, organiser des événements ou accompagner des marques. Plutôt bien fait, agréable à regarder et commentaires assez malins. Par contre là aussi, pas de critique, juste du positif.
Paris Immersif : l’expérience avant l’assiette

@parisimmersif se définit comme un média lifestyle consacré aux bonnes adresses et aux expériences immersives à Paris ( 218 000 abonnés ). La restauration y côtoie les spectacles, les sorties et les concepts de loisirs. Son terrain n’est donc pas véritablement la critique culinaire, mais l’économie de l’expérience. Le restaurant est sélectionné pour son décor, son concept, sa mise en scène ou son caractère spectaculaire. Des codes promotionnels apparaissent également dans certains contenus, montrant une approche directement liée à la conversion commerciale. Ce type de compte peut être efficace pour les établissements très visuels : restaurants à thème, dîners-spectacles, rooftops, lieux festifs ou concepts conçus pour les réseaux sociaux.
Punkt : de l’influence à la plateforme

@punktfam adopte une stratégie différente et une concept original. Le compte est associé à une application permettant d’enregistrer et de partager des lieux entre amis. Il comptait environ 60 000 abonnés dans les données visibles. Punkt ne cherche pas seulement à produire du contenu : l’objectif est de transformer la recommandation en service numérique. Les restaurants, bars, clubs et cafés sont intégrés à une base d’adresses partageable. C’est une évolution importante du secteur. La prescription ne se limite plus à une publication éphémère. Elle devient une donnée enregistrée, classée et transmise à un cercle social. Le modèle se rapproche d’un carnet d’adresses collectif, situé entre Instagram, Google Maps et les applications de recommandation.
Restoaparis : l’ancien média devenu compte social

@restoaparis revendique une existence depuis 1999. Avec environ 18 000 abonnés, il appartient à une génération antérieure aux influenceurs actuels. Son intérêt tient précisément à cette ancienneté. Restoaparis représente le passage du guide web traditionnel vers les réseaux sociaux. Là où les nouveaux créateurs construisent leur audience autour d’une personnalité, ce type de compte s’appuie davantage sur une identité de média et sur une accumulation d’adresses. La différence est importante : l’influenceur vend d’abord une relation avec sa communauté ; le média vend une sélection et une continuité éditoriale.
Juste Zoé : la puissance du lifestyle

@justezoe, animé par Zoé Tondut, n’est pas un compte exclusivement consacré à la gastronomie. Il s’agit d’une créatrice lifestyle capable d’intégrer restaurants, pâtisseries, voyages et moments de vie à un récit personnel. Ses publications consacrées à Cédric Grolet ou à certaines découvertes culinaires atteignent plusieurs milliers de réactions. Un contenu publié en février 2026 sur une addition chez Cédric Grolet avait notamment recueilli environ 10 000 mentions « J’aime ». Son influence culinaire repose moins sur son expertise technique que sur la taille et la fidélité de sa communauté. Lorsqu’une personnalité généraliste parle d’une pâtisserie, elle peut toucher un public beaucoup plus large qu’un spécialiste du dessert.
Foodenice : la prescription territoriale

@foodenice, animé par Solène Martin, rassemble environ 36 000 abonnés et se concentre sur la scène culinaire niçoise. Son principal atout est l’ancrage local. Contrairement aux grands comptes parisiens, un média territorial peut devenir un interlocuteur central pour les ouvertures, les pâtisseries, les restaurants de plage et les commerces indépendants. Cette influence locale peut se révéler particulièrement efficace. Une audience de 30 000 personnes concentrée sur Nice et la Côte d’Azur peut avoir plus d’impact commercial pour un restaurateur niçois qu’un compte national suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes dispersées dans toute la France.
Virginie Grossat : une influenceuse lifestyle qui s’impose dans la food

@virginiegrossat Avec près de 800 000 abonnés sur Instagram, Virginie Grossat est aujourd’hui l’une des créatrices de contenu les plus visibles sur la gastronomie grand public en France. Chroniqueuse food sur BFM Lyon, elle mêle restauration, street-food, pâtisserie, voyages et mode inclusive. Son approche présente plusieurs caractéristiques : elle parle avant tout au consommateur, et non aux gastronomes, elle privilégie des adresses accessibles, conviviales et populaires; elle filme beaucoup en immersion, avec un ton spontané, elle met davantage en avant l’expérience globale que l’analyse culinaire. Son point fort est sa proximité avec sa communauté. Son avis est perçu comme celui d’une cliente enthousiaste plutôt que comme celui d’une critique gastronomique. Pour un restaurateur, Virginie Grossat peut générer une forte visibilité, notamment sur Lyon et Paris, auprès d’un public de 20 à 40 ans. En revanche, son objectif n’est pas d’évaluer la technique d’un chef ou la qualité d’une cave, mais de donner envie d’aller découvrir une adresse.
Lena Situations : la puissance d’une marque personnelle

@lenamahfouf – Lena Situations est un cas totalement différent, elle n’est pas une influenceuse food, c’est une entrepreneuse et une personnalité médiatique qui possède une communauté de plusieurs millions d’abonnés ( 4,9 millions ). Son influence dépasse largement la gastronomie : mode, voyages, luxe, lifestyle, culture et événements internationaux constituent son univers. En revanche, lorsqu’elle parle de restauration, l’impact est considérable. Elle a parfaitement compris que la restauration pouvait devenir une extension de son univers de marque. C’est exactement ce qu’elle a réalisé avec Hôtel Mahfouf, où le café et le restaurant font partie intégrante de l’expérience proposée au public. Beaucoup de restaurateurs et de chefs rêvent qu’elle leur consacre une publication…
L’Incorruptible épicurien : le contre-pouvoir autoproclamé de l’influenceur

Avec @lincorruptibleepicurien, le phénomène de l’influence food produit désormais sa propre contestation. Le compte, encore récent et suivi par environ 2 000 personnes, affirme vouloir combattre les « faux influenceurs » et revendique une fréquentation habituelle des grandes tables. Ses publications concernent notamment des établissements comme Le Louis XV à Monaco, Le Cinq, L’Espadon au Ritz ou Il Carpaccio au Royal Monceau. Son positionnement repose sur la défiance : repas complaisants, invitations non signalées, commentaires toujours positifs, manque de compétence gastronomique ou influenceurs sollicitant des prestations gratuites. La démarche répond à une attente réelle de transparence. Mais elle comporte aussi un risque : remplacer une influence supposée complaisante par une critique systématiquement accusatrice. La crédibilité de ce type de compte dépendra donc de sa capacité à documenter ses affirmations, à distinguer les faits des opinions et à appliquer à lui-même les exigences d’indépendance qu’il réclame aux autres… mais son influence est limitée comme ses abonnés !

Des modèles économiques rarement lisibles
L’analyse de ces comptes permet de distinguer plusieurs sources possibles de revenus : publications rémunérées, repas offerts, campagnes de communication, affiliation, codes promotionnels, événements, production de contenus, applications, conseil en réseaux sociaux ou vente de produits numériques.
Il est toutefois impossible de déterminer, à partir d’un compte Instagram seulement, quelles publications ont été payées ou négociées lorsque cette information n’est pas clairement signalée. Une invitation ne signifie pas nécessairement rémunération, et un commentaire positif n’est pas automatiquement le résultat d’un accord commercial. Le véritable sujet n’est donc pas l’existence des collaborations, qui font partie du modèle économique, mais leur transparence.


















