Jérôme Bocuse « j’aime que les chefs vivent des expériences, qu’ils fassent des erreurs et apprennent d’eux-mêmes la bonne façon de faire »

19 décembre 2016  0  DÉNICHÉ SUR LE WEB
 

signature-food-and-sens Le chef Jérôme Bocuse croit fermement que le mentorat joue un rôle essentiel dans toute réussite de carrière et tout particulièrement pour les jeunes chefs. Il est d’ailleurs vice-président exécutif du conseil d’administration de Ment’or | Inspiring Culinary Excellence, aux côtés de Daniel BouludThomas Keller et Julia Russel.

Le mentorat est de plus en plus populaire en France. Aider les jeunes talents n’est pas une obligation mais cela devrait être un devoir pour les personnes voulant donner aux autres une meilleure chance de réussir et ce pour n’ importe quel métier ! 

C’est dans ce cadre que Jérôme Bocuse  a répondu aux questions du magazine en ligne US « www.fsrmagazine.com » dans une interview que F&S a décidé de partiellement partager avec vous.

Qu’est-ce qui rend le mentorat si important?

Le mentorat est essentiel et j’ai moi-même encore besoin d’être mentoré. Il y a toujours quelqu’un qui fait les choses mieux que nous, nous recherchons tous une sorte d’orientation dans notre vie, c’est un apprentissage perpétuel qui ne se termine jamais.

Les mentors ne sont pas toujours dans la cuisine. Certaines personnes m’ont inspiré dans la vie de tous les jours mais aussi dans leur façon d’interagir avec les gens et de gérer leur entreprise. Je peux par exemple obtenir le mentorat d’un homme d’affaires dirgeant une grande entreprise ou d’un chef pour améliorer un plat. Je peux aussi rechercher des conseils dans différents autres domaines, c’est ce qui nous aide à grandir.

Votre père était-il un mentor pour vous?

La relation père-fils n’est pas toujours la plus facile dans un mentorat. Je suis aussi père de famille. Quand j’étais jeune, je faisais du ski de piste et j’aurais pu dire à mon fils: « Je fais du ski de piste, j’étais instructeur à l’école des neiges et membre de l’équipe de France ». J’ai essayé de lui enseigner mais je pense qu’il n’est parfois pas facile d’enseigner une compétence à votre fils parce qu’il ne vous regarde pas de la même façon. Cela peut marcher dans certains cas, mais il n’est pas facile d’avoir une relation père fils comparable à celle d’un instructeur ou d’un guide envers un élève.

Cela étant dit, j’ai beaucoup d’admiration pour mon père, il m’inspire énormément mais jusqu’à dire que mon père m’apprend et me guide… c’est un peu plus difficile que ça. Une des raisons pour lesquelles j’admire mon père c’est qu’il est, toute sa vie, resté sur la bonne voie. Il était strict en cuisine et il avait beaucoup de discipline, c’est ce qui a payé. Cela m’a vraiment inspiré pour le reste de ma carrière.

Qui ont été vos mentors?

J’admire Steve Jobs pour son succès dans la gestion de son entreprise et sa conviction dans la simplicité. Il a dit une fois: « Focus and Simplicité ». Faire simple est peut être plus difficile que faire complexe. Il faut travailler dur pour éclaircir la pensée et la rendre simple. Je crois que cela s’applique à la vie en général mais aussi au travail en cuisine.

J’admire aussi Sir Richard Branson, pour son leadership dans les affaires, pour sa philanthropie mais aussi pour sa méthode de mentorat. Il a écrit: « Vous n’apprenez pas à marcher en suivant les règles. Vous apprenez en essayant et en tombant » et je crois que cela s’applique à tous, des athlètes participant aux sports extrêmes comme aux chefs de cuisine.

Comment avez-vous pu transmettre votre expérience à d’autres chefs?

Je mentore un peu différemment des autres chefs. Comme Branson, j’aime que les chefs vivent des expériences, qu’ils fassent des erreurs et apprennent d’eux-mêmes la bonne façon de faire. J’ai du mal à croire qu’imposer est la meilleur façon d’apprendre et je ne me reconnais pas dans la phrase suivante « Voici la façon de faire. C’est comme ça et pas autrement. »

Je veux qu’ils échouent et qu’ils ressentent, qu’ils comprennent ce qui n’a pas fonctionné. Je veux que les mentorés prennent des responsabilités et je leur dis d’essayer des choses et par exemple d’aller à la rencontre des clients en salle. C’est comme ça qu’ils grandissent. Je ne veux pas qu’ils soient des soldats, je veux qu’ils soient des gestionnaires et des entrepreneurs. Je veux qu’ils comprennent !

Quelles qualités un jeune doit-il avoir pour intégrer Ment’ors?

Il doit pour commencer être motivé. Quand je vois un jeune chef qui est à l’heure au travail et veut progresser dans la vie, qui est concentré dans son travail, qu’il veut le faire et passer les étapes, alors je le pousse vers ment’or. Si quelqu’un ne se soucie pas beaucoup de son travail ou est juste là pour prendre son chèque, je ne vais pas être si favorable. Il doit être inspiré et prêt à passer à l’étape suivante et à progresser dans sa carrière.

Nous sommes ici pour guider, pour aider, mais au début cela ne va pas tomber du ciel. les jeunes chefs doivent avoir cette volonté de le faire. Ce n’est pas une relation à sens unique et nous ne pouvons pas faire les choses à leur place.

Il est important qu’ils comprennent qu’il y a un processus à suivre. Je vois beaucoup de chefs qui ont deux ans d’école culinaire avec un diplôme d’études professionnelles et qui veulent faire de la cuisine moléculaire alors qu’ils peuvent à peine faire une omelette. Ils doivent comprendre qu’il ya un processus d’apprentissage. Il faut être patient, monter les escaliers marche après marche. Voilà comment on obtient une base solide.

Quelles ont été vos autres expériences de mentorat en dehors de Ment’or?

En Floride, une entreprise récupère les personnes sans-abri qui n’ont rien et vivent dans la rue pour les conduire dans un centre spécialisé où ils peuvent prendre une douche, où on leur donne des vêtements propres. Cette entreprise conduit ces personnes chez nous, la plupart d’entre elles font le nettoyage et la vaisselle dans le restaurant. Quelques travailleurs étaient toujours à l’heure, ils voulaient ce travail. Après environ un an je leur ai dit : « Je vais vous embaucher. Vous n’aurez pas à retourner dans cette entreprise qui prend la majeure partie de votre argent ! »

Maintenant, ils ont un vrai travail, l’un d’entre eux est même assistant pâtissier, l’autre est économe et quand tous ces gens me disent « Patron, vous avez sauvé ma vie » je dis : « Non, vous avez sauvé votre vie, ce n’est pas moi ». « J’étais ici pour faciliter, mais tout a commencé par vous »! Je suis très fier car ces gens ont un emploi, un toit, une famille et une voiture alors qu’il ya 10 ans, ils n’avaient rien.

C’est le mentorat.  Nous sommes ici pour les guider et pour les aider, mais au début cela ne tombe pas du ciel.

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