Jordi Roca, le pâtissier Catalan qui s’amuse avec les codes d’Instagram et ses 1,3 millions d’abonnés

À Gérone ( Catalogne ), le chef pâtissier Jordi Roca ne se contente pas d’imaginer les desserts de l’une des tables les plus célèbres au monde. Sur les réseaux sociaux, le plus jeune des frères Roca cultive un univers à part, fait d’humour, d’autodérision et de vidéos souvent improbables. Une communication décalée qui rassemble aujourd’hui une communauté considérable.

Il suffit de parcourir le compte Instagram de Jordi Roca pour comprendre que le chef pâtissier espagnol n’a guère l’intention de se prendre au sérieux. Vidéos décalées, mises en scène, accessoires improbables, humour et détournements : Jordi Roca s’amuse avec son image et avec celle, parfois trop policée, de la haute gastronomie.
Une liberté de ton qui lui permet de toucher un public dépassant largement le cercle des amateurs de restaurants étoilés. Son compte Instagram réunit plus d’un million d’abonnés et certaines de ses vidéos connaissent une forte diffusion. La presse espagnole soulignait encore récemment le caractère volontairement loufoque de ses publications, dans lesquelles le pâtissier peut notamment apparaître… armé d’un katana.

Le troisième homme du Celler de Can Roca – Derrière le personnage numérique reste l’un des pâtissiers les plus reconnus de sa génération. Jordi Roca forme avec ses frères Joan et Josep le trio d’El Celler de Can Roca, à Gérone. Au coeur du restaurant trois étoiles au Guide Michelin Joan dirige l’univers salé, Josep celui du vin et de la salle, tandis que Jordi construit depuis des années la partie sucrée de cette maison familiale, qui célèbre en 2026 ses 40 ans.
Son travail sur les desserts ressemble finalement assez à ses vidéos : surprendre, détourner, provoquer une réaction et ne jamais s’enfermer dans les conventions. Chez lui, la pâtisserie peut convoquer le parfum, le son, le souvenir ou le jeu. Une approche qu’il a également développée à travers ses boutiques de glaces Rocambolesc.

De la maladie à l’autodérision – Cette légèreté prend une dimension particulière lorsque l’on connaît le parcours personnel du chef, Jordi Roca souffre en effet depuis plusieurs années d’une distonie cervicale associée à une dysphonie spasmodique, une affection neurologique qui a profondément affecté sa voix et l’a contraint, pendant une longue période, à communiquer avec difficulté. Il a raconté publiquement les moments de vulnérabilité et d’isolement provoqués par cette maladie ainsi que le long travail entrepris pour retrouver sa voix.

En 2023, il avait d’ailleurs choisi Instagram pour annoncer, avec émotion mais déjà beaucoup d’humour, qu’il pouvait à nouveau parler après presque huit années de difficultés. Aujourd’hui encore, Jordi Roca évoque sans détour cette dysphonie et les tensions cervicales qui l’accompagnent. Mais plutôt que de construire sa communication autour de la maladie, il semble en avoir intégré les contraintes à son personnage public. Sa voix, ses expressions, son physique et son goût pour l’absurde deviennent les ingrédients de vidéos où l’autodérision occupe une place centrale. En septembre dernier, il expliquait encore à La Vanguardia que son état restait variable, tout en affirmant aller bien.

Quand un grand chef accepte de ne pas contrôler son image – C’est probablement là que Jordi Roca se distingue sur les réseaux sociaux. À une époque où beaucoup de grands chefs proposent des comptes Instagram très maîtrisés – assiettes parfaites, cuisines impeccables, portraits soigneusement composés – le Catalan accepte de montrer son image sans détournement.
Il grimace, joue des personnages, détourne les codes et transforme parfois la communication gastronomique en petit spectacle. Pourtant, derrière la plaisanterie, le pâtissier n’est jamais très loin : l’imagination, la surprise et le goût du jeu restent les mêmes.

Jordi Roca semble avoir compris qu’Instagram n’est pas seulement une vitrine pour montrer de beaux desserts. C’est aussi un terrain de création, et à sa manière, le troisième frère Roca y applique exactement la même recette qu’en pâtisserie : surprendre d’abord, faire sourire ensuite, et laisser un souvenir.
















