Le monde de la gastronomie pleure Carlo Petrini, fondateur du Slow Food

25 mai 2026  0  Non classé
 
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il s’appelait Carlo Petrini, il nous a quittés à l’âge de 76 ans, dans sa ville natale du Piémont Bra, il y a quelques jours et depuis les hommages se succèdent.

En Italie, les réactions ont immédiatement dépassé le simple hommage culinaire. Le président italien Sergio Mattarella a salué « une grande perte pour la société italienne », rappelant son combat pour la biodiversité, les traditions agricoles et le respect de la terre. Le ministre de l’Agriculture a parlé d’un homme qui « a changé notre manière de penser l’alimentation ».  « Un visionnaire, un innovateur, un homme en avance sur son temps », a écrit la cheffe du gouvernement, Giorgia Meloni. Elle a ajouté  « Carlo Pietrini a profondément marqué l’imaginaire agroalimentaire et gastronomique italien : il a été l’un des premiers à promouvoir le concept de souveraineté alimentaire et à défendre le droit à une alimentation de qualité pour tous, en mettant en valeur le lien entre identité, territoire et traditions ».

Carlo Petrini © Jennifer Olson

Des hommages qui parlent d’un visionnaire avec tendresse, et d’héritage. Carlo Pietrini imposé la pensée que manger n’est pas simplement un acte de nourriture, de consommation, de vie mais aussi un acte de civilisation, un acte de conscience culturel, politique et écologique.

Massimo Bottura déclaré,  «Carlo Petrini a changé ma façon de voir la cuisine».

Carlo Petrini a été l’une des voix les plus influentes dans la redéfinition de l’alimentation comme levier de durabilité environnementale, de préservation culturelle et de transformation sociale.

Mauro Colagreco vient de déclarer : « A chaque conversation, Carlo Petrini nous rappelait avec une force rare que la cuisine ne peut être dissociée de la terre, des producteurs, des saisons et du lien humain. Aujourd’hui ses paroles résonnent plus que jamais… Carlo Petrini a profondément transformé notre manière de penser la gastronomie : non pas comme un luxe ou une performance, mais comme un acte culturel, écologique et profondément humain ».

Carlo Petrini était le Président Fondateur du mouvement international Slow Food, il s’est impliqué par ses actions et ses engagements en faveur de la préservation du patrimoine culinaire mondial. Carlo Petrini était un journaliste, sociologue et critique gastronomique italien. Il a fondé le mouvement Slow Food en 1986 à Rome en réponse à l’ouverture d’un fast-food. Mouvement né de la colère, de la furie d’un homme quand il apprend qu’un vendeur d’hamburger, McDonald’s allait s’installer et distribuer à Rome sans aucun respect du goût des petites pains qui défilent aussi à Paris, New York ou Londres. Une colère saine pour la défense du goût, contre la mondialisation de la cuisine et du goût.

Sa proposition ? Prendre le temps de redécouvrir les plaisirs culinaires et donner le statut de patrimoine mondial à la nourriture et aux vins de qualité. Il voulait instaurer et défendre une alimentation « bonne, propre et juste » — comme cadre commun capable de relier des cultures et des territoires différents. Ce principe est devenu le fondement d’une nouvelle manière de penser l’alimentation : non seulement comme source de subsistance, mais aussi comme enjeu de durabilité environnementale, d’identité culturelle et de justice sociale.

Ainsi aujourd’hui Slow food ne rassemble pas seulement une bande d’initiés curieux de découvrir des produits exceptionnels, d’aller d’étoilé en étoilé, de collectionner les huiles d’olive rares et collectionner les sauces tomates exceptionnelles. Slow Food compte plus qu’une poignée d’amis de la campagne, mais plus de 100 000 membres et est présent dans plus de 160 pays. Le mouvement a notamment lancé Terra Madre, le cœur battant de Slow Food mais aussi le projet l’Alliance des Cuisiniers qui regroupe tous les chefs engagés autour de promesses simples : des produits locaux, bons, justes et propres et relations directes et durables avec les producteurs. Parmi ses nombreuses réalisations figure aussi la création de l’Université des Sciences gastronomiques (Pollenzo, Italie), première institution universitaire à proposer une approche interdisciplinaire des études alimentaires. Au fil des années, Carlo Petrini a partagé sa vision à travers une série d’ouvrages influents qui ont contribué à porter les principes de Slow Food à l’échelle mondiale, il a développé des concepts et a rencontré des personnalités de tout bord et de toute confession comme le pape François réfléchissent ensemble aux défis urgents de notre temps. Son travail a été reconnu et primé dans le monde universitaire. En 2003, l’Istituto Universitario Suor Orsola Benincasa de Naples lui a décerné un doctorat honoris causa en anthropologie culturelle, et en mai 2006, l’Université du New Hampshire (États-Unis) lui a attribué un doctorat honorifique en Human Letters pour son action en tant que « précurseur révolutionnaire [et] fondateur de l’Université des Sciences gastronomiques ». Le travail de Petrini a ensuite été salué par l’Université de Palerme en 2008, lorsqu’elle lui a conféré un doctorat honorifique en sciences et technologies agricoles. En 2014, il a reçu un doctorat honorifique en droit comparé, économie et finance de l’International University College de Turin. En mai 2023, l’American University of Rome (AUR) a décerné à Carlo Petrini un doctorat honoris causa en reconnaissance de son impact sur la vie et la culture italiennes. Enfin, en 2025, l’Université de Messine lui a attribué un doctorat honoris causa en sciences humaines.

En 2004, il a été désigné « European Hero » par le magazine Time, et en janvier 2008, il était le seul Italien à figurer dans la liste des « 50 People Who Could Save the World » établie par le prestigieux quotidien britannique The Guardian.

En 2017, il avait reçu LE PRIX FRANÇOIS RABELAIS, créé par la Fondation européenne  pour le patrimoine alimentaire – Institut de France. Prix destiné à récompenser « une personne pour son œuvre au service de la mise en valeur du patrimoine culturel alimentaire en France ou dans le monde ». Il avait alors déclaré : « C’est un honneur pour moi de recevoir ce Prix. Nous avons tous l’opportunité, dans ce moment historique crucial pour l’avenir de la planète, d’agir concrètement pour défendre la biodiversité agro-alimentaire et pour lutter contre le réchauffement climatique. Les Chefs peuvent jouer un rôle important. Auparavant, ils étaient les ambassadeurs de leurs terroirs. Désormais, il est temps d’agir et de devenir protagonistes de la sensibilisation et de l’engagement des citoyens pour changer les habitudes de consommation et pour soutenir une production vraiment durable ».  

Le 16 juillet 2022, il a déclaré lors du 8e Congrès international de Slow Food : « Le rôle de l’alimentation comme principal facteur du désastre environnemental apparaît avec une clarté et une force croissantes. Notre mouvement, qui œuvre depuis trente ans pour garantir une alimentation bonne, propre et juste, doit avoir le courage d’assumer un rôle politique de premier plan afin d’enrayer cette tendance aux conséquences catastrophiques. Nous avons besoin d’une gouvernance qui fasse une place aux nouvelles générations. Nous devons être capables de conjuguer le nouveau avec notre histoire. Le chemin parcouru jusqu’ici nous a permis d’atteindre des objectifs qui semblaient autrefois inaccessibles et a fait de nous ce que nous sommes. Mais le monde d’aujourd’hui est profondément différent de celui dans lequel notre mouvement a vu le jour. Nous devons donc accueillir et nous laisser guider par la créativité et l’intuition de nouvelles personnes capables d’interpréter le présent et de tracer la trajectoire qui nous permettra d’atteindre les objectifs de demain. »

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