Grappes Michelin à Bordeaux : Les Vignerons prônent une alliance avec les chefs pour une « œnogastronomie »

En direct de Bordeaux pour Food & Sens – Ambiance feutrée à l’auditorium de la Cité du Vin, à Bordeaux, pour la deuxième « tournée » des Grappes Michelin. Le guide rouge a lancé, cette année, cette nouvelle sélection autour de l’art de vivre, la troisième après les étoiles pour la restauration et les clés pour l’hôtellerie. Gwendal Poullennec, son directeur international, l’a défendue à nouveau devant les vignerons bordelais : « Dès sa naissance en 1900, le guide indiquait au voyageur les étapes où l’on pouvait bien manger, bien dormir et bien boire. » Après les vins de Bourgogne en juillet, ce sont donc les Bordeaux qui sont entrés dans cette élite de la viticulture, dans un travail en progression.

Autrement dit, la première sélection de domaines à 1, 2 ou 3 grappes Michelin s’étoffera au fil des années, dans le Bordelais comme en Bourgogne. Et, à terme, toutes les régions viticoles de France seront passées à la loupe des inspecteurs du guide. En réalité, les équipes qui visitent les caves sont celles du Parker des vins, entré dans le giron Michelin il y a une dizaine d’années avec « une base historique remarquable de dégustations de domaines, de bouteilles, de millésimes et, au total, plus de 550 000 évaluations de vins collectées », comme le précisait Gwendal Poullennec. Les critères pour obtenir des grappes sont les mêmes qu’en Bourgogne : travail du sol et de la vigne, transformation en cave et vinification, harmonie et équilibre du vin, personnalité qui s’exprime chez le vigneron ou la vigneronne, et maintien de la qualité du vin dans la durée.

Les Bordeaux sont toujours des vins d’exception
Ambiance feutrée, sans doute davantage qu’en Bourgogne, mais enthousiasme identique de la part des châteaux du Bordelais pour remercier le Michelin de cet éclairage inédit de la part d’un guide devenu une référence mondiale. Y compris pour les marques les plus prestigieuses, comme l’admet Lorenzo Pasquini, directeur général du château d’Yquem, distingué par 3 grappes : « Une grande partie des critères porte sur la constance du travail réalisé sur le domaine. La reconnaissance Michelin – qui nous fait très plaisir – est donc aussi une reconnaissance du travail de nos prédécesseurs dans les années, les décennies, les siècles, peut-être, avant nous ! On verra le plus que pourra nous apporter cette reconnaissance, mais on note qu’elle souligne la qualité des vins, des vignobles, le style et la constance. »

Ce qui est aussi ressorti de cette soirée de remise des grappes, c’est la volonté des viticulteurs bordelais de prouver que leurs vins sont toujours d’exception, malgré les conditions actuelles difficiles, la crise, le climat et une forme de désamour de la part des Français pour leurs vins. Guillaume Pouthier, directeur général du château Les Carmes Haut-Brion (distingué par 2 grappes), le résume ainsi : « On traverse des millésimes très compliqués, avec les affres de la nature, les rendements qui diminuent, les coûts qui augmentent. Or, depuis les Bordeaux génériques jusqu’aux grands domaines qui viennent d’obtenir 3 grappes Michelin, je trouve qu’on propose chaque année des vins qui, dans leur rapport qualité-prix, sont hors normes. »
Les vignerons en appellent aux chefs
Dans cette volonté de défendre les vins de Bordeaux, les vignerons en appellent aux chefs. Jean-Philippe Delmas, directeur du château Haut-Brion (distingué par 2 grappes), l’expliquait en montant sur scène : « Les récompenses ne sont pas que la gastronomie d’un côté avec les étoiles et l’œnologie de l’autre avec les grappes. Il s’agit de promouvoir l’œnogastronomie, pour laquelle nos amis italiens sont en avance sur nous. Les restaurateurs français doivent être davantage liés avec les vins français. » Ce mariage nécessaire entre le verre et l’assiette souligne combien le vin est ancré dans la gastronomie, ce que le domaine Haut-Brion a parfaitement compris puisqu’il est propriétaire du restaurant 2 étoiles Le Clarence, à Paris (avec le chef Andrea Capasso).

Au total, 9 châteaux décrochent 3 grappes lors de cette sélection inaugurale dans le Bordelais : Yquem à Sauternes, Léoville Las Cases à Saint-Julien-Beychevelle, Montrose à Saint-Estèphe, Figeac et Cheval Blanc à Saint-Émilion, Lafite Rothschild à Pauillac, Petrus, Lafleur et La Conseillante à Pomerol.
Marielle Cazaux, directrice du château La Conseillante, ne cachait pas sa joie : « Pour la famille Nicolas – les propriétaires qui font des vins fantastiques depuis 150 ans –, c’est une sacrée consécration. Quand on pense Pomerol, on pense Petrus ou Lafleur plutôt que La Conseillante. Cela va nous donner une visibilité incroyable. »
Le premier jalon d’une aventure dans le temps
Telle est aussi l’ambition de ces nouvelles grappes : guider le consommateur moins averti vers les meilleurs domaines, un accès plus facile pour le grand public. « Le Michelin est une marque internationale synonyme d’excellence, se réjouit Aymeric de Gironde, directeur du château Troplong Mondot (2 grappes). Ils l’ont prouvé sur la partie cuisine, et je pense qu’ils vont faire de même avec les grappes. On est donc extrêmement fiers de faire partie de cette sélection. »

Ajoutons que 16 châteaux se voient attribuer 2 grappes, 37 châteaux obtiennent 1 grappe et 21 châteaux sont recommandés dans la sélection du Guide. Certains châteaux manquent sans doute à ce premier appel, mais Gwendal Poullennec a répété que cette première sélection était marquée du sceau de l’humilité et qu’elle posait le premier jalon d’une aventure destinée à durer dans le temps. Ce temps que les vignerons maîtrisent à merveille, tant il est indispensable à la production de bons vins.
Texte et photos : Bernard Thomasson
















