Robert Parker :  » Le vigneron mériterait plus de profit. « 

20 avril 2016  0  DÉNICHÉ SUR LE WEB
 

signature-food-and-sens le mois dernier à l’occasion de la sortie des primeurs 2016, Le Figaro est allé à la rencontre de trois grandes sommités du vin … Robert Parker, Michel Rolland, Jeffrey Davis

Au moment de l’élection du Meilleur Sommelier du Monde, Food & Sens s’est intéressé à Robert Parker, celui qui a fait pendant longtemps  » la pluie et le beau temps  » dans l’univers du vin, notamment à Bordeaux

Pour retrouver ‘intégralité de l’interview cliquez sur le LINK.

Parker

Robert Parker : « Le vin est une boisson culturelle, la France l’a oublié»

Avant le début des primeurs, trois experts internationaux, le critique américain Robert Parker, son compatriote Jeffrey Davies et le consultant français Michel Rolland, évoquent l’évolution des goûts dans le monde et celle de la qualité du vin.

Le Figaro a demandé à trois experts internationalement reconnus de donner leurs avis sur l’avenir de la production vinicole. Rendez-vous a été pris dans la winery Alpha Omega, dans la Napa Valley, en Californie, avec Robert Parker, un des critiques les plus influents au monde depuis trente ans …/…

Le FIGARO. – Le vin, aux États-Unis comme en France, mériterait-il des politiques plus adaptées ?

Robert PARKER. – Aux USA, chaque État possède sa propre législation, ce qui complique la commercialisation. Nous restons néanmoins plus flexibles sur les appellations : nous plantons ce que nous voulons, où nous voulons. Le vin est une boisson culturelle, une boisson de modération. La France, je pense, l’a oublié.

Pourquoi la France garde-t-elle la réputation de pratiquer des prix élevés, alors que les crus américains sont généralement plus chers ?

P. – En Californie, on vend les vins directement au consommateur à un prix assez élevé, sans marge pour les revendeurs et grossistes. En France, vous avez un courtier, un négociant, un importateur, un détaillant et, enfin, le consommateur. Le vigneron mériterait plus de profit.

P. – Le milieu, la presse restent obsédés par quarante grands crus. Voilà pourquoi les consommateurs sont persuadés que les vins français sont trop chers.

red wine

Les Chinois étaient les premiers importateurs de bordeaux. Les États-Unis reprennent aujourd’hui le leadership…

P. – Je fais des conférences sur le vin en Chine depuis 1998. Chinois, Sud-Coréens, Singapouriens, Hawaïens sont les nouveaux acheteurs. Ils apprennent très rapidement et ont une passion sincère pour le vin. Et cela va continuer au moins dans les dix années à venir.  Je vois ces deux marchés augmenter en volume dans un futur proche.

Y a-t-il d’autres pays à fort potentiel d’achat ?

P. – Oui. Singapour, la Corée du Sud, Taïwan, le Japon. En Europe, non.

Les prix des vins français connaissent d’importantes fluctuations…

P. – L’obsession du millésime explique beaucoup de choses, chez le consommateur bien sûr, mais aussi chez les critiques de vins. Les grands millésimes entraînent spéculation et augmentation des tarifs. Pour les autres, c’est souvent une baisse des cours. Dans la Napa Valley, les vins peuvent être moyens, mais jamais mauvais, d’où une certaine stabilité des prix.

Il existe un goût Parker. Pensez-vous qu’il naîtra un goût asiatique ?

P. – La question est de savoir s’il existe un goût international ? Oui, en principe, car c’est une question de qualité intrinsèque. Bien sûr, l’éducation, la formation sont différentes, mais, quand les consommateurs du monde entier boivent, par exemple, Château Pavie, ils lui trouvent le même goût.  Étonnante évolution. Quand j’ai débuté, les vins étaient un peu minces, secs et astringents. Et lorsque j’ai dégusté la première fois avec Michel Rolland, j’ai compris. Voilà un homme qui cherche le fruit et qui n’a pas oublié cette évidence : le vin est un produit issu du fruit. La viticulture est devenue plus soignée, la vinification plus contrôlée. Si davantage de personnes aiment le vin, c’est parce qu’il donne plus de plaisir que dans les années 1950 ou 1960. Quelle est l’explication des grands millésimes comme 1947, 1949, 1959, 1961 ?

Une seule : les raisins étaient mûrs.

vignoble

Puisque tant de défauts ont été corrigés, n’est-il pas plus difficile d’établir une échelle de qualité ?

P. – Le niveau de qualité moyenne est très haut. Les écarts se resserrent. Le grand défi d’aujourd’hui est d’expliquer les nuances entre un bon vin et un très bon vin.

P. – Une génération de consommateurs gâtés ! Je me souviens de la médiocrité des vins en 1966, en 1978. Michel a tout changé. Il a eu la plus grande influence sur la qualité du vin dans le monde, tant auprès des étudiants que des professionnels. Voilà pourquoi il est tant critiqué, comme moi, d’ailleurs.

Une bibliothèque reflète l’histoire d’une vie. Pourrait-on en dire autant de vos caves ? Que cachent-elles ?

P. – Un tiers de Côtes-du-Rhône. Quelques exceptions pour les vins rouges et les blancs californiens. Pour le champagne, j’achète selon les besoins. Depuis mes débuts au Wine Advocate (sa revue, NDLR) en 1978, j’achète des vins de plaisir. Je suis un hédoniste avec une sensibilité intellectuelle. Mais un vin trop intellectuel ne me parle pas.

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