Retour sur ce week-end qui a agité le mythique petit village universellement connu grâce au talent fou et à l’audace d’une jeune femme nommée Brigitte, qui a créé son destin en même temps que celui du village. Et Brigitte Bardot créa Saint-Tropez…
Dimanche – Le soleil est hésitant, il boude mais il ne gâche en rien le bonheur, le plaisir des chefs et des producteurs de se retrouver tout au long de la journée. nous goûtons avec gourmandise au charme de Saint-Tropez, simple village de pêcheurs devenu repaire des célébrités, quand Brigitte Bardot tombe sous son charme. Ce week-end de ma,i Saint-Tropez est le repaire des chefs et des producteurs locaux qui bichonnent jour après jour légumes et fruits des jardins et potagers à quelques mètres, à quelques kilomètres de la place, de la belle et grande Provence, des éleveurs qui au calme de l’arrière pays dorlotent chèvres et brebis, des chefs qui ont leur adresse dans le golfe et dans les alentours.
Au cœur de Saint-Tropez, la Place des Lices n’est pas une place comme les autres. Elle n’est ni monumentale, ni solennelle. Elle est vivante. À l’origine, au XIXᵉ siècle, elle n’est qu’un vaste terrain poussiéreux au centre du village, un espace où l’on joue à la longue, où l’on discute à l’ombre. On l’appelle “les lices”, comme les terrains de jeux médiévaux pour les tournois et joutes. aujourd’hui les chevaliers ont posé leurs armures et leurs lances, ils sont remplacés par des joueurs à casquettes et chapeaux de paille.
Très vite, elle devient le théâtre quotidien de Saint-Tropez. Le matin, paysans, pêcheurs croisent les habitants du village. Le marché s’y installe, les joueurs de pétanque aussi. puis vinrent peintres, écrivains. On croise des visages connus, et des inconnus qui adoptent le rythme de la place, le café du matin en commentant le journal, le marché, la partie de boules…
Nous n’avons pas besoin du programme, nous savons le rythme de la place. Entre les platanes et les façades patinées par le temps, aujourd’hui comme chaque jour tout se joue sur la place. Les chefs fêtent les producteurs. Les héros du jour ne sont pas seulement les cuisiniers, as du couteau et des assiettes mais aussi ceux qui dans les champs, dans les potagers, en mer et sur terre jour après jour veillent sur « le produit ».
La journée a commencé tôt. Dès 9 heures, battles, démos & table ronde. Loic Ballet lui joue l’homme qui écoute les chefs et avec son élégance accueille les confidences de Blanche Loiseau, Georges Blanc et Jean-André Charial qui partagent les secrets des Grandes Maisons françaises.
Demos, chefs, producteurs et jury – Authenticité, partage, simplicité, émotion autour du produit.
Au fil des heures, la place se fait de plus en plus vivante, de plus en plus bavarde. Dans la cuisine éphémère, dans les allées les chefs croisent le public, les producteurs, les maraichers, les éleveurs, les vignerons, les pêcheurs et les artisans. Tout s’accélère sans se braquer. Les stars des cuisines montent sur la scène aux côtés des artistes de la terre. Instants gourmands suspendus. Les couteaux dansent, coupent, repoussent, sculptent, cisèlent. Les liens se tissent entre les chefs et les producteurs. Les battles se suivent, Battle de panier surprise, Battle éloquence… . Les poignées de mains se font chaleureuses, les discussions entre chefs et producteurs s’allongent.
Midi – Changement de décor –
Direction, les hauteurs. nous grimpons tous à l’hôtel Ermitage. Rendez-vous dans les jardins du restaurant Le Tigrr pour le cocktail déjeunatoire de The Fork, élaboré par le chef du lieu Paul Rochut, Pierre Augé de La Maison de Petit Pierre, et Chatchai Klanklong de L’Orchidée. Vue panoramique, vertigineuse. En bas le golfe, les toits du village, la mer bleu argenté. Soleil en pleine face, musique qui commence à cogner doucement. Les conversations flottent.
Michel Sarran est tout sourire tout comme Pierre Augé ( ci-dessous )
et Flora Mikula
David Gallienne a pris des couleurs
Jacques & Laurent Pourcel inséparables jouent de La Fourchette
Les verres s’enchaînent, circulent. Les assiettes se remplissent en saveurs et couleurs.
Bouchées délicates, certaines sont sous influences asiatiques, d’autres chantent le sud et la Méditerranée. Ça parle fort, ça rit beaucoup, ça papote, assis, debout qu’importe, ça pause, ça adore les pâtés-croûte et la tropézienne géante.
Certains laissent leur regard se perdre, un verre à la main, dans le décor lumineux et laissent le temps au temps. D’autres s’échappent, redescendent au village, continuent le programme de la journée, les échanges sur le produit. Le produit, star de ces trois jours, encore et toujours.
Après-midi -Tout le monde profite du moment. Salle Jean-Despas, Loïc Ballet débat de biodiversité et zéro plastique avec le parrain de l’événement Mauro Colagreco***, Nadia Sammut, cheffe nourricière La Fenière, cuisinière et chercheuse, defenseuse de la cuisine libre, et de la cuisine pour tous, Sébastien Usher, de l’association Stand Up for the planet, Claude et Lydia Bourguignon.
Retour sur la Place des Lices pour la fameuse et annuelle Pétanque des Chefs – La place devient un terrain, le terrain de boules devient une scène.
Rituel attendu. La pétanque rassemble les chefs, les producteurs et des habitués qui avec une folle décontraction balancent les boules et le cochonnet. A l’ombre des platanes. Plus personne ne joue un rôle. Les glaçons tintent dans les verres de rosé.
Les joueurs se congratulent, se félicitent, se taquinent, s’applaudissent, certains parlent un peu plus fort pour dénoncer quelque triche. Ambiance bon enfant, amicale. Tout le monde joue avec sérieux sans se prendre au sérieux, tout le monde veut gagner !
Certains sont quelque peu hésitants pour le lancer de boule, mais au fil des parties ils laissent parler leur instinct, pointent, tirent dans un joyeux désordre. Concentrés ils jouent la gagne et le bonheur de prolonger ce moment.
Soir – Bagatelle – Ramatuelle – La fête comme on sait la faire à Saint-Tropez avec du champagne, de la musique, des rires, une élégance désinvolte. A l’écart du port, la promesse de prolonger la journée si justement réussie. Le champagne remplit les coupes dorées, les bouchées défilent.
La soirée bascule quand les guitares de Chico and the Gypsies entrent en scène. Tout le monde se rapproche de la scène au plus près des gitans, chantent à pleine voix Bamboleo, Volare, Un amore… tout le monde chante, danse , s’agite, chefs et producteurs vivent ensemble un moment fort de musique et de joie.
Moment fort quand Pascale Perez remercie le parrain de l’édition 2026, Mauro Colagreco et annonce le nom du parrain 2027… Pierre Gagnaire !
La nuit est noire mais personne n’a envie de partir. Si ce n’est pour se rendre à l’After des Chefs aux Halles de Saint-Tropez. Avec Philiiiiippe Cortiiiiii. Il a posé ses lunettes noires et là, explosion. Les tables tremblent, la musique monte. Les chefs ne cuisinent pas, ils dansent. Les producteurs trinquent . Plus rien ne compte sauf la fête.
Lundi – On a rangé la pluie qui boude la ville et demie toutes les prévisions de la météo, pour notre plus grand bonheur. Confidences et réflexions, table ronde « La parole est aux producteurs ». Le pêcheur sachant pêcher Mathieu Chapel de Coté Fishn’est pas le dernier à s’exprimer, avec son accent chantant du Grau-du-roi, sa bonhomie et son sourire éternel, il embarque le public et les chefs. Mathieu, c’est un pêcheur. Un vrai. Qui sait aussi bien tirer les filets quand la nuit noircit la mer que parler ressources de la mer.
Sur la place…
La battle d’artichaut barigoule déchaine la place. Plus tard l’asperge, l’aïoli, la pompe à huile joueront les stars.
Un tour au marché, on découvre le Domaine Vallon Secret qui au coeur du massif des maures cultive avec engagement, respect et amour l’arbouse, trésor du maquis méditerranéen fragile et précieux qui se décline en fruit frais, bière, confiture, gelée, pétillant et même spiritueux.
On croise les pharmaciennes Nathalie et Géraldine, reines des plantes, des herbes et des simples, des tisanes, des infusions et des thés personnalisés de haute volée dans leur boutique Infuse, La Vinaigrerie montpelliéraine, la pétillante Vahé ambassadrice de la poutargue marseillaise.
Cocktail déjeunatoire aux Airelles Saint-Tropez, Pan deï Palais, cocktail élaboré par Paul Benimelli, chef du lieu et Virginie Basselot** de l’Hôtel Negresco
À Saint-Tropez, certaines pauses ont le goût d’une parenthèse plus feutrée, presque confidentielle.
À Airelles Pan Deï Palais, on entre dans un ailleurs fait de calme et d’élégance intemporelle, de chic et de luxe feutré. Quelques pas suffisent pour quitter le rythme du village. Derrière les murs, le jardin apparaît, discret, ombragé, presque secret. La piscine brille en 50 nuances de bleu
La lumière filtre à travers les feuillages, les conversations se font murmures et on oublie les bruits de la ville. On prend le temps. une seule règle : ne pas être pressé. L’élégance du lieu impose la discrétion, l’esquisse, le murmure, une certaine nonchalance, une légèreté avouée.
15 heures… Il est temps de reprendre la journée. Le programme et les bruissements de la place. Et continuer, participer à la master class sur l’huile d’olive et remettre les prix aux lauréats. Changement de décor, une immense table est montée, des barbecues crépitent pour accueillir le banquet des producteurs.
La nuit tombe. Certains chefs rentrent. Certains chefs nouent leur tablier dans les cuisines microscopiques du Sube. Elles résonnent de rires et de fous rires, la bonne humeur règne les chefs sont esquichés comme des sardines mais ils s’amusent follement et cuisinent sérieusement aidés par d’autres chefs au service en salle.
En cuisine : Maxime Meilleur de La Bouitte, Jacques & Laurent Pourcel du Jardin des Sens, Eric Frechon, Marc Haeberlin, Arnaud Viel, Eric Guerin… En salle Arnaud Donckele, Gerald Passedat… Tout le monde goûte tout ! Les verres s’entrechoquent allègrement en salle tandis que dans les couteaux s’affutent pour découper pâtés-croûte, foie gras et autres merveilles, les verrines se remplissent de homard et de mangue… les rires montent dans la nuit tropézienne, hommage à ces trois jours de fête.
Minuit sonne, on repart. Dans la rue, l’air est plus frais, quelques gouttes de pluie tombent. Pas de mise en scène. Juste des souvenirs.