Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, le feu a ravagé le célèbre marché Les Enfants- Rouges, le plus ancien marché de Paris. Le feu est désormais maitrisé mais dans un communiqué de presse, le maire de Paris Centre, Ariel Weil, a annoncé que le marché est totalement sinistré. Aujourd’hui il ne reste plus rien du marché couvert, des cendres, des souvenirs, des larmes et un odeur de feu. L’origine du sinistre reste à déterminer.
Quatre siècles de vie et une seule nuit, quelques heures pour détruire ce marché populaire qui faisait partie de l’histoire de Paris. Du Paris royale, du Paris révolutionnaire, du Paris qui a faim, du Paris qui a connu des rois, des révolutions, des barricades, des présidents.
1615. Lous XIII est roi de France. Il commande la construction de ce marché, au nord du quartier du Marais, rue de Bretagne, dans le 3e arrondissement de Paris. Il est appelé alors « petit marché du Marais », un quartier qui se développe et voit s’installer de nouveaux habitants, qu’il faut ravitailler, nourrir. Une Halle de bois nait Juste à côté d’un hospice, l’hospice des Enfants-Rouges qui accueillait des orphelins vêtus de rouge, de ce rouge symbole de la charité chrétienne. Le marché adopte le nom qui sonne comme le titre d’un conte pour enfant. Les années passent. Le marché connait une nouvelle vie quand la Ville de Paris l’achète et le transforme en.. vacherie qui accueille naturellement des vaches laitières qui vont fournir du lait aux Parisiens jusqu’en 1914. Les guerres vont accélérer la vétusté du lieu. En 1990 le marché ferme. Les habitants se mobilisent quand ils apprendre le projet qui doit le raser et le transformer en parking. 1982, le marché sort de l’ombre, il est inscrit aux Monuments Historiques. Il est totalement réhabilité et devient un marché vivant, cosmopolite, où toutes les cuisines du monde se retrouvent dans un esprit de partage, dans cette ambiance parisienne, festive entre cantine et marché, où il est sympa de manger sur le pouce, de remplir son cabas même si peu d’étals de fruits et légumes subsistent, ayant laissé la place à des comptoirs, à des grands tablées où il n’est pas toujours aisé de poser son assiette , son verre, de trouver une chaise dans un brouhaha bon enfant.
Le marché Les Enfants-Rouges a traversé quatre siècles , a survécu à des transactions immobilières, aux modes culinaires, aux projets fous de politiques ambitieux. Il ya quelques heures encore, il était devenu une des étapes incontournables de la visite de Paris, un rendez-vous de la restauration parisienne où la conversation se liait naturellement avec des inconnus et des habitués autour de plats de toujours, autour d’assiettes partagées, de mezzes et de couscous d’ailleurs, à des tables où il n’était pas toujours facile de se faufiler pour avoir une place dans le brouhaha, le désordre, le bruit des assiettes qui s’entrechoquent, des voix qui se mêlent, des odeurs de plats mijotés et d’épices du monde. Une halle où se côtoient des gens qui travaillent et des gens qui mangent avec la même volonté… se nourrir, assouvir sa faim tenace.
Le marché n’était pas un décor de carte postale, un décor pour touristes. Non, il était un endroit qui nourrit, il recevait des cuisiniers, des chefs qui travaillent , des clients qui mangent sans mise en scène ni cérémonie. Entre deux bottes de carotte et deux comptoirs. Un endroit où on nourrissait son âme en retrouvant la mémoire de Paris et son estomac au beau milieu de cuisines. Le monde se donnait rendez-vous sous ce marché couvert populaire qui a connu bien des vies sans perdre sa fonction première, nourricière. Le marché qui ne voulait pas mourir, qui portait une certaine idée de Paris, vivait, réveillait l’appétit, le comblait dans le rire et la belle humeur n’est plus. La suite reste à construire…