Son premier choc provençal remonte à l’adolescence, lors d’un repas à L’Oustau de Baumanière, aux Baux-de-Provence. Il situe l’époque au début des années 1980, quand Raymond Thuilier était encore en cuisine. Il décrit une scène entière, pas seulement des plats : la taille de la carte des vins, le geste du serveur qui verse la sauce, le contraste entre l’Angleterre de ses étés et cette Provence-là. Il dit que ce repas a déclenché le désir de devenir chef. La vocation naît rarement d’une idée. Elle naît d’une expérience complète.
Retrouver la cuisine en quittant la pression
Aujourd’hui, Heston Blumenthal vit en Provence, dans les Alpilles, à une vingtaine de minutes des Baux-de-Provence. Il explique ce déplacement comme un retour à soi. Après des années de contrats, de pression et de visibilité, il se décrit “comme un hamster dans une roue”, déconnecté de la cuisine. La Provence agit ici comme un dispositif simple : elle ralentit, elle recentre, elle impose la saison.
C’est un point utile pour un chef. Le décor n’est pas neutre. Le territoire n’est pas un fond d’écran. Il conditionne la manière de cuisiner, donc la manière de penser. En Provence, il revendique une contrainte qu’il dit aimer : on ne trouve pas tout, tout le temps. Et cette limite oblige à mieux structurer l’envie, à attendre, à calibrer.
La Provence vue depuis l’assiette : simplicité, mais pas facilité
Quand on lui demande le goût de la Provence, il répond sans détour : la ratatouille. Réponse intéressante, parce qu’elle est presque trop simple. Il précise aussitôt que ce n’est pas un plat facile. C’est un plat d’équilibre, d’attention, de temps. Tout l’enjeu est là : une cuisine “simple” ne l’est jamais quand elle est juste.
Autour de cette ratatouille, il cite un répertoire clair : soupe au pistou, gardiane de taureau, agneau, calissons, olives, lavande. On comprend sa Provence : une cuisine de marché, de soleil, de contraste, où l’aromatique joue un rôle central, et où la saison impose sa loi.
Le carnet d’adresses : trois points de densité
Sa liste est brève, mais précise. Elle dessine une Provence pratique, pas une Provence abstraite.
1) L’Oustau de Baumanière (Les Baux-de-Provence)
Le lieu de la révélation initiale, et une adresse qui reste son repère. Il cite Glenn Viel, et évoque une relation d’amitié. Ici, la table fonctionne comme un point fixe. Elle ne sert pas seulement à manger. Elle sert à se rappeler pourquoi l’on cuisine.
2) Le Bistrot du Paradou (Paradou)
Il le décrit comme une adresse gourmande qu’il aime particulièrement. Le bistrot, dans ce récit, n’est pas le “plan B” du gastronomique. C’est un autre mode de vérité : la générosité, le rythme, le plaisir direct.
3) Les produits : Moulin Cornille et Maison Ricaud
Il cite Moulin Cornille pour les huiles d’olive, notamment autour des olives noires de la région, qu’il apporte aussi à ses équipes en Angleterre pour travailler l’idée d’assemblage. Il cite Maison Ricaud à Mollégès pour des tomates qu’il dit compter parmi les meilleures qu’il ait mangées. Ici, le produit n’est pas un argument. C’est un outil de cuisine.
Deux jours en Provence, version Blumenthal
Son itinéraire ne cherche pas la performance touristique. Il cherche l’intensité.
Il conseille Eygalières, village carte postale, et les Carrières de Lumière pour “redécouvrir” des artistes comme Dalí, Picasso ou Van Gogh. Il mentionne aussi, près de Saint-Rémy-de-Provence, une librairie familiale où il trouve livres, magazines et carnets. Ce détail compte : chez lui, manger et regarder, lire et goûter, appartiennent à la même logique.
Pour élargir, il cite les Calanques, la montagne Sainte-Victoire, puis le contraste entre Provence et Camargue (chevaux blancs, marais salants, flamants roses), et enfin Arles. Le fil est clair : changer de paysage pour changer de perception.