Régis Marcon :  » Il faut arriver à changer le langage et pouvoir dire : Tu as de bonnes notes, tu peux aller vers la voie professionnelle « 

 Le chef Régis Marcon est le coauteur du rapport sur la voie professionnelle remis ce jeudi au Ministère de l’Éducation, le cuisinier triplement étoilé à Saint-Bonnet-Le-Froid veut changer le regard sur une filière Bac Pro mal aimée.

Lisez sur l’article du quotidien Le Parisien ce que révèle ce rapport :

Adolescent, Régis Marcon, fils d’un marchand de vin et d’une aubergiste, rêvait des Beaux-Arts. « Mais ma mère m’a poussé à m’inscrire à l’école hôtelière. Je n’avais pas envie. J’ai alors eu le déclic en rencontrant un formateur formidable. Le pauvre, il n’est plus de ce monde mais je lui dois beaucoup. Il vivait tellement bien son métier qu’il savait transmettre », se souvient-il. Son CAP puis un BEP cuisine l’ont mené, au fil des décennies, aux sommets de la gastronomie, à plus de 1 000 m d’altitude : trois étoiles au guide Michelin pour son restaurant à Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire), village perché aux 240 gourmets.

« Ce que je fais, c’est de la politique »

Ce jeudi après-midi, ce grand chef de 62 ans, père du pressé de foie gras de canard aux cèpes en gelée d’hydromel, remettra au ministre de l’Education son rapport sur la voie professionnelle rédigé avec la députée (LREM) Céline Calvez. Des pistes pour rendre « plus attractifs » les CAP et les bacs pros, mal aimés du système scolaire, alors qu’ils concernent 40 % des effectifs du secondaire. Une filière dans laquelle il était donc entré à reculons il y a près d’un demi-siècle et dont il souhaite redorer le blason. Il ambitionne « une vraie révolution culturelle ».

« Il faut arriver à changer le langage, changer un modèle d’orientation. Pouvoir dire : Tu as de bonnes notes, tu peux aller vers la voie professionnelle. Celle-ci doit être considérée comme une voie d’excellence. C’est important que nos jeunes s’épanouissent », s’enthousiasme-t-il.

Briser les clichés, voilà un projet périlleux alors que des milliers de parents voient toujours d’un très mauvais oeil, comme un aveu d’échec, l’orientation de leur progéniture vers un CAP de maçon ou un bac pro esthétique. En tant que père de famille, Régis Marcon lui-même a vécu cela. « L’un de mes fils, cuisinier, m’a reproché de ne pas l’avoir envoyé en école d’hôtellerie. Il a fait un bac général puis un BTS mais lui aurait voulu être immédiatement dans le métier », confesse-t-il. Avec son second garçon, il n’a « pas fait la même erreur ». « Il est allé tout de suite à l’école hôtelière, même si sa prof principale était dégoûtée car il était premier de sa classe », poursuit-il.

Il a cuisiné profs et élèves pendant plusieurs mois

Pour sa mission de « revalorisation », l’Auvergnat a « pu être complètement dispo », son établissement étant fermé « entre début décembre et début avril ». Ce n’est pas un apprenti en la matière. Il a « remis le couvert » comme il dit, huit ans après avoir rendu un premier rapport sur l’alternance dans les métiers de la restauration, notamment à Laurent Wauquiez, alors secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi.

Cette fois, entre deux séances d’écriture d’un livre sur « les légumineuses et les céréales », il a cuisiné durant plusieurs mois inspecteurs généraux, profs de chaudronnerie, élèves en menuiserie… Ce chasseur de champignons s’est également perdu dans le maquis des 200 CAP et 80 bacs pros. « Le message que j’ai retenu chez les jeunes, c’est : On a envie de pratiquer ! Il faut créer un rapport plus étroit entre les entreprises et l’école. »

Le patron de brigade encourage les jeunes à se frotter au monde du travail pour devenir « démerdard ». « En Suisse, 70 % d’entre eux passent par un métier avant de se diriger vers des études supérieures », note celui qui s’en remet aux arbitrages du ministre Jean-Michel Blanquer, « très ouvert, pas buté, capable d’innover ». Le maestro des fourneaux prend goût aux arcanes du pouvoir. « Ce que je fais, c’est de la politique : changer les choses pour le bien commun. J’ai toujours eu envie de m’engager. J’ai formé cent apprentis et stagiaires. Mon bonheur passe par celui des autres », confie-t-il.

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  • C est sur....quand on boit la mentalité des profs de collèges...qui refusent aux bons élèves la voie professionnelle...et y envoient direct les mouns bons..parfois meme pas motives!!!!! Et ils ont les arguments pour convaicre les parents...

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