MOF Cuisine 2026 : Marie Gricourt et Margaux Moisière deviennent les troisième et quatrième femmes lauréates

La promotion 2026 des Meilleurs Ouvriers de France Cuisine restera marquée par une double distinction. Parmi les treize candidats ayant obtenu le titre au Lycée Hôtelier International de Lille, Marie Gricourt et Margaux Moisière deviennent les troisième et quatrième femmes récompensées dans cette classe. Elles succèdent à Andrée Rosier, première femme MOF Cuisine en 2007, et à Virginie Basselot, distinguée en 2015.

Il aura donc fallu attendre onze ans pour que deux nouvelles cheffes rejoignent ce cercle très restreint. Leur réussite prend une dimension particulière dans un concours où les femmes restent minoritaires. Sur les 42 finalistes convoqués à Lille, cinq étaient des femmes : Amandine Chaignot, Marie Gricourt, Océane-Lyne Martin, Margaux Moisière et Manon Negretti-Guichard. Deux d’entre elles ont finalement obtenu le diplôme.

Pendant cinq heures, les candidats ont dû réaliser trois préparations imposées avec l’assistance de deux commis : des filets de rougets barbet aux raisins blancs, accompagnés d’une compotée de tomate, orange et anis, des coffres de canard colvert rôtis avec une sauce cassis, les cuisses cuisinées à la bière et aux endives, puis des poires farcies d’une mousse de fromage frais de brebis et de Roquefort, accompagnées d’un sorbet de peau de poire. Une épreuve destinée à mesurer la maîtrise des cuissons, la précision des gestes, l’organisation et la capacité à respecter un cahier des charges sous pression.

Marie Gricourt : de l’Élysée à sa propre maison

Originaire d’Estouy, près de Pithiviers, Marie Gricourt suit très tôt les traces de son père, lui-même chef de cuisine. Après sa formation au CFA Médéric, elle rejoint plusieurs grandes brigades parisiennes, travaillant notamment auprès de Frédéric Anton au Pré Catelan, de Jean-Yves Leuranguer au Fouquet’s et d’Éric Frechon au Bristol. Meilleure Apprentie de France en 2013, elle construit son parcours dans des maisons où la maîtrise des fondamentaux occupe une place centrale.

En 2017, elle rejoint les cuisines de la présidence de la République auprès de Guillaume Gomez et devient la première femme à intégrer cette brigade. Cette expérience lui permet d’approfondir les bases de la cuisine française classique, les sauces, les cuissons et l’organisation nécessaire à un lieu soumis à des exigences particulières. En 2020, elle rejoint ensuite Christophe Hay et prend la direction de La Table d’à Côté, à Ardon.

Marie Gricourt choisit finalement l’indépendance en ouvrant Gric à Orléans en septembre 2023. Elle y défend une cuisine bourgeoise, généreuse et accessible, pensée autour de plats compréhensibles et d’un esprit de maison de famille. Son ambition ne repose pas sur la démonstration, mais sur la capacité à réunir autour de la table. Cette vision s’accompagne d’une attention portée aux conditions de travail et à l’équilibre de son équipe.

Son parcours a rapidement été remarqué par Gault&Millau. Après le Trophée Cuisine des Prairies et des Pâturages en 2024, elle reçoit le trophée Grand de Demain lors du Gault&Millau Tour Centre-Val de Loire 2026. Le titre de MOF Cuisine constitue une nouvelle étape dans cette trajectoire. Il distingue une cheffe passée par les institutions et les grandes maisons, mais qui a choisi de construire son propre restaurant autour d’une cuisine de partage.

Margaux Moisière : une cheffe au cœur du Mâconnais

Margaux Moisière dirige les cuisines de L’O des Vignes, à Fuissé, en Bourgogne. Le restaurant, distingué d’une étoile Michelin, s’inscrit dans un territoire marqué par la vigne et par l’identité du Mâconnais. La cheffe y développe une cuisine de produit et de saison, attentive à la lisibilité des assiettes et au dialogue naturel entre les plats et les vins de la région.

Son travail s’inscrit dans la continuité de la maison fondée par Sébastien Chambru, Meilleur Ouvrier de France 2007. Évoluer dans cet environnement lui a permis d’approcher au quotidien la rigueur associée au titre, sans perdre de vue la personnalité attendue d’une cheffe désormais responsable de sa propre cuisine. L’enjeu consiste à prolonger l’identité de L’O des Vignes tout en y inscrivant progressivement son écriture.

Margaux Moisière s’était déjà distinguée dans l’univers des concours. En 2019, elle avait obtenu la deuxième place lors de la sélection Auvergne-Rhône-Alpes du Trophée Masse, derrière Paul Marcon. Sept ans plus tard, les deux cuisiniers se retrouvent parmi les treize lauréats de la promotion 2026 du MOF Cuisine.

Cette réussite distingue une cheffe moins exposée médiatiquement que plusieurs autres finalistes, mais solidement installée dans le paysage gastronomique bourguignon. Son titre met en lumière un parcours construit dans la durée, au sein d’une maison étoilée où le produit, le vin et le territoire restent les principaux repères.

Cinq femmes parmi les finalistes

Marie Gricourt et Margaux Moisière n’étaient pas les seules femmes engagées dans cette finale. Océane-Lyne Martin, Manon Negretti-Guichard et Amandine Chaignot avaient également franchi les qualifications pour rejoindre les 42 candidats retenus parmi les 163 professionnels présents lors de l’étape précédente.

La participation d’Amandine Chaignot était particulièrement suivie. Cheffe et entrepreneuse, elle a construit son parcours dans plusieurs grandes maisons avant d’ouvrir ses propres établissements. À Paris, elle porte notamment Pouliche et le Café de Luce, deux adresses aux identités différentes, mais réunies par une cuisine de saison, directe et nourricière. Elle développe également Sauge dans le Perche, autour d’une lecture personnelle du territoire.

Amandine Chaignot n’a pas obtenu le titre lors de cette session. Ce résultat ne retire rien au niveau nécessaire pour atteindre la finale ni aux mois de préparation qu’exige un tel engagement. Le MOF n’est pas un concours fondé sur un classement ou un nombre prédéfini de récompenses. Chaque candidat doit atteindre le niveau fixé par le jury. Être finaliste constitue donc déjà l’aboutissement d’une sélection particulièrement exigeante.

La même reconnaissance doit accompagner Océane-Lyne Martin et Manon Negretti-Guichard, elles aussi présentes parmi les finalistes sans être titrées cette année. Leur participation rappelle que l’évolution de la représentation féminine ne se mesure pas seulement au nombre de lauréates, mais aussi à celui des professionnelles qui se présentent, franchissent les qualifications et acceptent de se confronter à cette épreuve.

Avec Marie Gricourt et Margaux Moisière, le nombre de femmes MOF Cuisine double en une seule promotion. Elles sont désormais quatre en près de vingt ans. Cette progression reste modeste au regard de l’histoire du concours, mais la session 2026 marque un tournant : pour la première fois, deux femmes accèdent simultanément au titre dans la classe Cuisine.

Leur distinction ne doit pas être regardée comme une récompense accordée à deux femmes au sein d’un univers masculin, mais comme la reconnaissance du niveau atteint par deux professionnelles évaluées selon le même référentiel que les quarante autres finalistes. La portée historique demeure néanmoins réelle. En portant à leur tour le col bleu-blanc-rouge, Marie Gricourt et Margaux Moisière deviennent aussi des figures de transmission pour les cuisinières qui envisageront de se présenter lors des prochaines sessions.

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