Les 29 et 30 mars 2026, l’association Les Grandes Tables du Monde a posé ses valises à Lyon pour la troisième édition de ses Rencontres. Plus qu’un simple rassemblement, l’événement s’est imposé comme un temps fort de réflexion pour une communauté qui, depuis plus de 70 ans, incarne une certaine idée de l’excellence culinaire : indépendante, exigeante et profondément humaine.
Tout a commencé par une partition collective dans le cadre mythique de l’Abbaye Paul Bocuse, où Gilles Reinhardt et Olivier Couvin (Paul Bocuse), Emmanuel Renaut (Flocons de Sel), Franck Derouet (Le Clos des Sens) et Christophe Roure (Le Neuvième Art) ont orchestré un menu à dix mains, véritable photographie vivante de la haute cuisine française contemporaine. Un moment de partage qui a illustré parfaitement la vision portée par David Sinapian, président de l’association, dans son discours inaugural : « Nous ne faisons pas seulement de la cuisine. Nous faisons des maisons, des lieux de vie, et surtout, nous créons des souvenirs. Les Grandes Tables du Monde ne sont pas simplement une association de restaurants : c’est une communauté vivante, en mouvement, qui continue d’écrire l’histoire de la grande gastronomie d’aujourd’hui. »
Le lendemain, les échanges ont quitté la table pour investir pleinement le champ des idées. Au cœur des discussions : les mutations profondes du secteur, à commencer par le retour de la carte face au menu imposé. Une thématique explorée avec finesse et exigence analytique par Louise Petitrenaud, qui animait la rencontre, enrichie par les interventions de Nicolas Masse (La Grand’Vigne), d’Hélène Binet (Un Œil en Salle) et de Julien Fouin (Vertigo Family / Service Compris) autour de la quête croissante de liberté des convives. Les réflexions se sont ensuite élargies : à l’écosystème marin, avec le témoignage engagé du pêcheur graulen Mathieu Chapel ; à la dimension philosophique du métier, avec Fabrice Midal interrogeant la tension entre excellence et performance ; puis à l’univers du café de spécialité, éclairé par l’expertise d’Enrico Molino.
L’événement a culminé avec deux annonces majeures : la tenue du prochain congrès annuel à Bangkok — une première hors d’Europe — et le lancement de la nouvelle application des Les Grandes Tables du Monde, présenté par la déléguée générale Betty Marais. Deux choix hautement symboliques qui confirment l’ouverture et la dimension véritablement mondiale de cette communauté, tout en incarnant l’élan de renouveau observé ces derniers mois.
Pour finir, les célébrations se sont achevées au Grand Réfectoire du majestueux Hôtel-Dieu à Lyon autour de la cuisine de Marcel Ravin, confirmant que la gastronomie ne se limite pas à l’art de l’assiette, mais s’affirme comme un espace vital de transmission, de dialogue et de lien universel. Une idée que l’association a voulu réaffirmer encore une fois hier, le 13 avril 2026, à l’occasion de la Journée internationale de la gastronomie, avec le lancement d’un événement inédit : Momentum.
Le concept est aussi puissant qu’audacieux : un soir, 38 restaurants, 13 pays et 19 dîners à quatre mains, imaginés par des chefs associés par tirage au sort. Des rencontres improbables, des univers qui se croisent, des menus conçus pour une seule nuit, simultanément à travers le monde.
Comme l’a souligné David Sinapian : « Momentum n’est pas seulement un événement. C’est un grand dîner invisible à l’échelle du monde, une initiative qui démontre à quel point notre gastronomie est un organisme vivant, connecté et en parfaite résonance avec les attentes de nos convives ; une cuisine qui ne cesse de se métamorphoser, portée par la magie de la rencontre et la pureté de l’instant. »
Par Lorena Lombardi