Par Dominique Homs-Vailhé
On l’avait presque oublié. Pourtant, la vigne a longtemps accompagné la vie agricole de la Cerdagne, sur cette haute plaine des Pyrénées-Orientales, dès le Moyen Âge et probablement même dès les premiers siècles de l’ère chrétienne. Au Xe siècle, des mentions de vignes apparaissent ainsi à Beltarga, près de Puigcerdà. Puis le phylloxéra, à la fin du XIXe siècle, fait totalement disparaître la vigne des paysages. Aujourd’hui, elle revient, portée par quelques vignerons pionniers qui font de l’altitude non plus un handicap, mais un formidable laboratoire. À 1 300, parfois 1 500 mètres, chardonnay, pinot noir, sauvignon, riesling ou muscat affrontent froid, gelées et fortes amplitudes thermiques pour donner naissance à une nouvelle génération de vins de montagne.
La vigne en Cerdagne …
À Sainte-Léocadie, le projet municipal du Clos Cal Mateu marque cette renaissance. Les premiers ceps sont plantés en 1984, à 1 300 mètres d’altitude. Muscat à petits grains, riesling et chasselas composent ce minuscule vignoble dont les premières productions commercialisées apparaîtront au début des années 1990. Depuis, l’expérience s’est multipliée. Des plantations ont vu le jour à Bajande, sur la commune d’Estavar, à Planès, mais aussi côté espagnol, autour de Puigcerdà, Llívia et Méranges.
Domaine Col Rouge: Un défi de taille !
Le Domaine Col Rouge, lui, déroule son vignoble sur les pentes ensoleillées qui entourent le petit village d’Ur, à 1 200 mètres d’altitude. Son caveau est une véritable invitation à la dégustation… et c’est bien là tout le propos ! Le lieu est superbe, associant corten rouillé, fauteuils design, terrasse panoramique sur les Pyrénées catalanes œuvres d’art aux murs et magnifiques cuves ovoïdes jaune poussin !
L’histoire est récente : elle commence en 2021, lorsque deux amis passionnés de vin se lancent le défi de rebâtir un véritable vignoble de montagne, loin des difficultés de la plaine — arrachage, sécheresse, crise agricole… La tâche n’est pas simple et les risques, bien que calculés, ne manquent pas. Mais qu’importe : la volonté est là, la connaissance du terrain aussi, tout comme les investissements qui vont avec… of course ! Hervé Sabardeil, vigneron catalan et œnologue, et Vincent Ginestet, spécialiste de l’immobilier, se jettent à corps perdu dans une aventure plus qu’« effervescente » ! Car tel est bien leur dessein : utiliser les hauteurs et leurs caractéristiques climatiques naturelles pour produire un effervescent en méthode traditionnelle digne de ce nom !
Cinq ans plus tard, le domaine compte trois hectares en production, avec une haute densité de pieds à l’hectare, destinée à stimuler la concurrence et à gagner en concentration. Les sept îlots de chardonnay champenois et les deux îlots de pinot noir bourguignon et champenois sont protégés par 40 000 mètres de filets pare-grêle. Radiographie des sols, aspersion des vignes en cas de grand froid — lorsque l’eau se transforme en glace sur la vigne, elle libère de l’énergie thermique et maintient ainsi un cocon protecteur stable à 0 °C autour des bourgeons —, station météo personnelle et grillages anti-cervidés non agressifs pour ne pas blesser le roi des forêts pyrénéennes… le Domaine Col Rouge place son vignoble sous haute protection technologique.
Hervé Sabardeil
« Dans un tel contexte, ce qui est surprenant aujourd’hui, c’est que le changement climatique donne paradoxalement un nouvel intérêt à ces terres d’altitude. Là où la fraîcheur et les gelées constituaient autrefois les principaux obstacles, l’altitude devient désormais un atout : nuits froides, maturations lentes, conservation de l’acidité et potentiel pour les vins blancs et effervescents. »
Reste que le vignoble n’est rien sans le travail de l’homme. Ici, l’intervention, soignée et mesurée, laisse la vigne au naturel avant que le raisin ne soit récolté à la main, en cagettes, par des équipes de vendangeurs fidèles qui devraient arriver ces jours-ci à Ur. Des vendanges qui ne manquent pas de faire vivre cette habitude bien méditerranéenne des grands repas partagés. Le passage en cuves ovoïdes de béton non ferraillé — une forme qui crée un mouvement continu à l’intérieur de la cuve — puis la prise de bulle en bouteille conduiront, 26 mois plus tard, à la dégustation de trois cuvées d’effervescents : un « Vertige Extra Brut », assemblage de chardonnay et de pinot, un Blanc de Blancs 100 % chardonnay et un Blanc de Noirs 100 % pinot noir.
Une dégustation qui offre des vins d’exception, nourris d’une fraîcheur montagnarde et d’un terroir riche de ce concentré de nature encore vierge !
Le domaine a produit en 2023 environ 10 000 bouteilles. La nouveauté de cet automne sera la vente au caveau de 400 bouteilles d’un pinot noir tranquille, première cuvée du Domaine ! À vos agendas… la date n’est pas encore fixée !
Information, Dégustations: Domaine Col Rouge
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