Patrick Roger ouvre Roger Garage à Paris, entre chocolat, bronze et mécanique

 À l’occasion de la Paris Design Week 2026, Patrick Roger inaugure à Saint-Sulpice un nouvel espace consacré à son travail de sculpteur. Baptisé Roger Garage, le lieu prolonge un parcours où le chocolat, le bronze, l’aluminium et la mécanique se répondent depuis plusieurs années. Une nouvelle adresse qui permet de mieux comprendre ce qui relie, chez lui, le chocolatier au sculpteur : le goût de la matière, du geste et de la transformation.

On connaît Patrick Roger pour ses chocolats, ses vitrines spectaculaires et cette manière très personnelle de faire entrer la sculpture dans l’univers de la gourmandise. Depuis longtemps déjà, ses boutiques ne se contentent pas d’exposer des bonbons, des pralinés ou des ganaches : elles accueillent des pièces monumentales, des animaux, des formes parfois brutes, parfois très construites, qui témoignent d’un rapport presque obsessionnel à la matière. Avec l’ouverture de Roger Garage, à quelques mètres de sa boutique de la place Saint-Sulpice, le Meilleur Ouvrier de France franchit une étape supplémentaire. Cette fois, la sculpture ne vient plus accompagner le chocolat. Elle devient le sujet principal.

Le nom du lieu dit beaucoup de cette nouvelle aventure. Roger Garage évoque bien sûr la passion de Patrick Roger pour la mécanique, les moteurs et les motos, mais aussi l’idée d’un atelier où l’on démonte, assemble, transforme et recommence. Rien de trop policé ici : l’univers repose sur le travail, le mouvement, la matière et l’énergie du geste. Les œuvres présentées mêlent bronze, aluminium et références mécaniques, avec des pièces qui se situent volontairement à la frontière de la sculpture, du design et de l’objet. On retrouve notamment des formes animales, du mobilier et des créations dont certaines semblent presque directement sorties d’un atelier de mécanique.

La particularité du travail de Patrick Roger tient aussi à sa manière de passer d’un matériau à l’autre. Le chocolat reste souvent le point de départ. Il est modelé, taillé, creusé, retravaillé, avant que certaines œuvres ne soient transposées en bronze ou en aluminium. Ce passage vers le métal lui permet de conserver des formes qui, dans leur version initiale, seraient condamnées à disparaître. Sa découverte de la fonderie de Coubertin, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, a constitué une étape importante dans cette évolution. Le bronze est alors devenu une manière de prolonger le geste du chocolatier, sans en effacer l’origine.

Cette porosité entre gastronomie et création n’est d’ailleurs pas nouvelle dans son parcours. Patrick Roger a travaillé au fil des années avec plusieurs figures de la mode, de la création et de la gastronomie, parmi lesquelles Jean-Paul Gaultier, Karl Lagerfeld ou Guy Savoy. En 2011, une collaboration avec Karl Lagerfeld l’avait notamment conduit à réaliser une installation spectaculaire en chocolat. Ce type de projet a progressivement installé l’idée que, chez lui, le chocolat n’est pas seulement un produit à déguster, mais aussi une matière plastique, capable de raconter autre chose lorsqu’elle quitte le cadre traditionnel de la chocolaterie.

Ce qui frappe surtout dans cette évolution, c’est que Patrick Roger continue de se définir à travers le geste de l’artisan. Derrière l’artiste, il y a toujours l’ouvrier, celui qui coupe, taille, observe, enlève, reprend et cherche l’équilibre juste. C’est probablement là que ses deux activités se rejoignent le mieux. Travailler une ganache ou sculpter une masse de chocolat, imaginer un volume puis le faire couler en bronze relèvent finalement du même rapport à la matière : comprendre ce qu’elle permet, accepter ce qu’elle refuse, puis aller chercher une forme.

Avec Roger Garage, Patrick Roger donne désormais un espace autonome à cette partie de son travail. Une galerie qui n’efface pas le chocolatier mais montre au contraire à quel point ses sculptures en sont le prolongement naturel. Le chocolat demeure la matière de départ, le bronze celle de la durée. Entre les deux, il reste le même geste.

Roger Garage – Patrick Roger
4, place Saint-Sulpice – Paris 6e
Ouvert du mardi au samedi, de 11 h à 13 h 45 et de 14 h 30 à 19 h.

Publication connexe