Cognac : vendanges historiquement précoces et assiettes de luxe

Du jamais-vu dans l’histoire du Cognac : les machines à vendanger ont commencé à sillonner les vignobles avant la fin du mois d’août. Dans les années 1970, les vendanges démarraient à la mi-octobre. L’an dernier, elles avaient débuté le 4 septembre. Pour 2026, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) a lancé la campagne le lundi 24 août.

Le raisin a mûri très tôt en raison de la chaleur, et certains grains sont abîmés

Dès le lendemain, les engins du plus grand domaine familial de l’appellation – la maison Boinaud (plus de 600 hectares de vignes) – entamaient la collecte des grappes sur les coteaux de Bouteville. « Avec une floraison précoce et une véraison qui s’est étalée sur trois semaines« , constatait dans le quotidien régional Charente Libre le directeur des domaines, Gery Combaud. La véraison, c’est le moment où les grains prennent leur couleur dorée et entrent en maturation. Ainsi, la crise climatique risque de modifier durablement le calendrier de l’AOC. Chez Frapin, maison historique dont la lignée remonte jusqu’à Rabelais, la campagne a commencé dès le lundi 31 août.

Autres difficultés pour les plus de 4 000 professionnels de Charente et de Charente-Maritime, en raison des températures élevées du printemps et de l’été et de la sécheresse des sols : la chute de l’acidité dans les grains et une concentration plus forte en sucre, donc en alcool. Or, le cahier des charges de l’appellation impose un titre alcoométrique volumique (le pourcentage du volume d’alcool dans le vin) de 12 % au maximum avant l’entrée en chaudière pour la distillation. On s’en approche dangereusement, d’où la nécessité de ramasser les grappes au plus vite.

Henri Machenaud, vigneron : « La vigne a été en stress »

Henri Machenaud dans ses vignes , à Hiersac

Sans parler de la grêle qui a touché certaines parcelles et d’un rendement moindre dû à la chaleur. « La vigne a été en stress, elle a manqué d’eau, confirme Henri Machenaud, vigneron à Hiersac. On estime cette année le rendement à 75 hectolitres par hectare, sur l’ensemble de la région, ce qui est historiquement faible. Sur les 35 hectares que je cultive, l’échaudage [accident climatique, comme un excès de soleil qui dessèche les plantes, NDLR] a fait flétrir les raisins et la grêle a touché 20 % du domaine. » Le jeune homme a choisi de patienter quelques jours de plus, en lançant ses vendangeuses le 7 septembre.

Les produits créés par Henri Machenaud, cognacs, liqueurs et pétillant

Dans de telles conditions, le BNIC évoque toutefois un « millésime exceptionnel car historiquement précoce« , selon le directeur de sa station viticole, Vincent Lang. Les eaux-de-vie – qui vont subir, entre la fin de l’année et le mois de mars, la traditionnelle double distillation dans les fameux alambics charentais – donneront sûrement d’excellents futurs cognacs une fois assemblées.

Depuis quelques années, d’ailleurs, plusieurs producteurs indépendants ne vendent plus la totalité de leur eau-de-vie aux maisons de négoce. Ils choisissent de commercialiser une petite partie de leur récolte sous leur propre marque. C’est le cas d’Henri Machenaud, dont la famille produit du cognac depuis plus de 200 ans sur des vignobles en Fins Bois. Il a repris les rênes du domaine il y a une dizaine d’années : « Nos cognacs sont tous mis en bouteille à la propriété dès la sortie du fût. Ainsi, nous travaillons par petits lots et nous réduisons au maximum les pompages. » Henri a lancé une version XXO – « La cuvée de Bernard », en hommage à son père – et une version élaborée avec des eaux-de-vie moins vieillies. Ses produits ne se retrouvent pas encore sur les tables de grands chefs, ce qu’il espère pour bientôt.

Pourquoi ne pas découvrir la fabrication du cognac dans l a distillerie d’un vigneron indépendant

Les chefs étoilés se lancent dans les accords mets-cognac

D’autres marques, en revanche, séduisent les cuisiniers. La maison Lhéraud, par exemple, trône fièrement dans une marie-jeanne classique de 10 litres sur le passe du restaurant étoilé de Puymoyen, Aumi, aux portes d’Angoulême. Dès qu’il le peut, le jeune chef Mickaël Clautour, un enfant du pays, met en valeur ce produit d’exception : « Je prépare en ce moment un dessert autour de la figue. J’en fais un confit, que j’assaisonne au cognac et que j’accompagne d’une glace au cognac et d’une crème vanille. Sinon, j’aime glisser du cognac dans certaines sauces et je l’utilise pour mes flambages de crustacés.« 

Christophe Valtaud et Alexandre Mazzia pour un e expérience unique mets-cognacs

La maison Martell (négociant en cognac depuis 1715) collabore, de son côté, depuis 2024 avec le chef trois étoiles de Marseille Alexandre Mazzia, autour d’une expérience gastronomique exclusive. Les signatures aromatiques du chef – notes torréfiées, fumées, épicées et poivrées – dialoguent avec des assemblages d’exception sélectionnés par le maître de chai du négociant, Christophe Valtaud. La cuisine créative d’Alexandre Mazzia révèle ainsi les arômes de quelques cognacs exclusivement élaborés pour cette table gastronomique, accessible sur réservation au château de Chanteloup, l’ancienne demeure de la famille Martell. Une aventure de luxe qui a un coût : six convives maximum, à partir de 500 € par personne.

La cuisine d’Alexandre Mazzia révèle les arômes du cognac, et vice versa (MARTELL)

Autre chef passionné de cognac : Alan Geaam, étoilé pour son restaurant éponyme à Paris. « Le duo mets-vins, on sait très bien le concevoir, avoue-t-il sur le site Culture Cognac. Mais l’accord mets-cognac est nouveau et il y a tout à faire aujourd’hui. Les cognacs peuvent accompagner tout le repas. Ils se marient très bien avec des fruits, je les propose d’ailleurs en association avec des poires et des mangues.« 

Un VSOP accompagne très bien un foie gras ou des huîtres, un cognac plus jeune se marie avec du jambon cru ou des Saint-Jacques, tandis qu’un XO est parfait avec du pigeon ou des langoustines. Alan Geaam relève également, tout comme Mickaël Clautour, que l’accord chocolat-cognac fonctionne à merveille. Il ne reste plus qu’à goûter pour s’en convaincre…

Texte et photos – Bernard Thomasson

Toute consommation d’alcool comporte un risque pour la santé

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