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À Londres, Yannick Alleno et Nicolas Rouzaud surfent sur la tendance des coffee shops à la française

À Londres, les coffee shops et autres boutiques déclinant cafés, matchas et viennoiseries ouvrent à un rythme nourri, la tendance s’accélère depuis une poignée d’années.

  • 23 oct. 2026
  • ±6min
Boutique du chef Nicolas Rouzaud et Yannick Alleno

Par Anastasia Chelini, correspondante à Londres 

À Londres, les coffee shops et autres boutiques déclinant cafés, matchas et viennoiseries ouvrent à un rythme nourri. Si la tendance s’accélère depuis une poignée d’années, qu’en pensent les chefs (pâtissiers) français déjà installés sur place, de Yannick Alléno à Nicolas Rouzaud ? Et quels concepts analogues ont-t-ils eux-mêmes mis en place cette année dans la capitale anglaise ?

L’automne et ses vents accentués s’engouffrent ce jour-là sur Piccadilly. Nous sommes début octobre, il est bientôt midi ; dans la coquette galerie marchande de Burlington Arcade, lovée en une perpendiculaire exacte de Piccadilly, il fait bon s’abriter du vent. Ça tombe bien ; l’arcade en question s’est récemment dotée d’une nouvelle boutique : Le Café by Nicolas Rouzaud. Ouverte il y a quelques mois – fin janvier 2026 précisément-, l’adresse se fait cosy mais soignée, avec sa devanture pimpante où les pâtisseries se tiennent en rangs serrés. On s’installe à l’étage, d’où observer le ballet continu des passants et promeneurs en contrebas. À ma gauche, la table immédiatement voisine de la mienne accueille un couple, que reconnaît le serveur. « Comment allez-vous depuis l’autre jour ? », s’enquiert-t-il.

C’est pour eux, pour cette clientèle de fidèles qui s’est déjà constituée, que le chef-pâtissier Nicolas Rouzaud veille à proposer une offre de saison, en parallèle des croissants, pains au chocolat, brioches à tête et autres viennoiseries dodues, et bien sûr, des pâtisseries servies à l’année (on retiendra notamment l’excellent Paris-Brest, d’une gourmandise entêtante). Pour cet originaire de Toulouse, dont le travail en tant que chef-pâtissier exécutif au palace The Connaughtest régulièrement salué, il s’agit là de sa première ouverture en son nom propre à Londres. Et d’un saut dans la nouveauté ; puisqu’il signe pour Le Café, en plus de l’offre sucrée, des options salées bien pensées, qui font mouche côté prix comme côté qualité – ce qui manquait au quartier.

Chef Yannick Alléno

Si l’adresse plaît, et plus généralement, le concept des cafés / coffee shops, « c’est parce que c’est une offre qui manquait à Londres », analyse ainsi Nicolas Rouzaud, joint par téléphone. « Ici, quand les gens se retrouvent entre amis, la plupart du temps c’est dans un pub, donc autour d’un verre d’alcool. Or je pense que les mentalités changent, et que les gens préfèrent maintenant se retrouver plus tôt dans la journée, voire même le matin, et donc autour d’un café, d’une pâtisserie ou d’un croissant. Et puis, les gens boivent moins d’alcool, et c’est sûrement aussi pour ça que les coffee shops ont explosé à Londres. Il y a une demande », estime le chef pâtissier. En outre, dit-il, « la culture du café se développe de plus en plus à Londres.

Les gens vont exprès chez tel ou tel lieu ou marque, pour le goût du café qui y est servi. Les gens cherchent la qualité du café ». Effectivement, chaque coffee shop à la mode se fait fort de travailler son sourcing café (et d’en parler) ; et peut-être plus encore, de soigner les viennoiseries qui vont avec. Ainsi de Miel Bakery, Quince, August Bakery, Monmouth Coffee Company, Breid Bakers, ou encore Pophams (qui en est à trois itérations à Londres, la dernière datant de 2022). Mais si ces coffee shops semblent pousser comme des champignons dans la capitale anglaise, en termes de gâteaux ou de pâtisseries en revanche, « il n’y en a pas énormément » qui en servent, pointe non sans raison Nicolas Rouzaud. « Beaucoup de ces cafés se spécialisent dans la viennoiserie. Car à Londres, les gens ne vont pas acheter un gâteau pour le rapporter à la maison. Il n’y a pas cette culture-là. Par contre, ils vont consommer sur place », conclut le chef-pâtissier. Qui prépare, soit dit en passant, une ouverture prochaine à Paris…

Non loin de là dans Londres, une autre adresse, elle aussi porteuse de la fameuse French touch, vient de voir le jour. Ouverte début septembre, La Croissanterie du chef Yannick Alleno se situe au Four Seasons Park Lane – où le multi-étoilé tient déjà une table. Hôtel de luxe oblige, l’espace dévolu à cette nouvelle Croissanterie déploie tous les codes correspondants : le lieu est spacieux, ses tonalités sont neutres et tamisées, le service est attentif et soigné (quoiqu’un peu lent). Une fois n’est pas coutume, le croissant y occupe toute la place – même si la carte prévoit aussi une large offre de boissons.

Mais si La Croissanterie se démarque de l’offre générale par son mono-motif, l’idée qui l’anime reste la même, au fond, que celle des coffee shops traditionnels, désormais si chers aux Londoniens : là aussi, il s’agit de proposer « une expérience gourmande et accessible à différents moments de la journée », note ainsi le chef Alleno. Qui vise, avec sa Croissanterie, à faire « sortir le croissant du cadre traditionnel du petit-déjeuner ». Ce qu’il atteint avec ses croissants salés (dont le très fin « Asian Wagyu », assaisonné au soja et sésame, et parsemé de légumes sautés). Quant à savoir d’où vient l’attrait des Londoniens pour les coffee shops à la française, pour Yannick Alleno cela s’explique simplement : « Je pense qu’il existe à Londres une véritable appréciation du savoir-faire français et de l’art de vivre à la française », dit-il. À suivre, donc. 

À Londres, Yannick Alleno et Nicolas Rouzaud surfent sur la tendance des coffee shops à la française

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