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Ana Roš tourne le dos aux 50 Best : la cheffe trois étoiles dénonce les dérives d'un classement devenu trop dépendant de la communication

Coup dur pour le classement 50 Best Restaurants, les langues commencent à se délier, manque d'éthique, trop d'influence

  • 26 oct. 2026
  • ±6min

La cheffe slovène Ana Roš, à la tête du restaurant trois étoiles Michelin Hiša Franko, a annoncé qu'elle ne participerait pas à la prochaine cérémonie des 50 Best Restaurants, organisée le 4 novembre à Lima, au Pérou. Une décision qui fait réagir dans le monde de la gastronomie et relance le débat sur l'influence des réseaux, de la communication et des intérêts économiques dans les grands classements internationaux.

C'est une prise de position qui ne passe pas inaperçue. La cheffe slovène Ana Roš, figure de la gastronomie internationale, a décidé de prendre ses distances avec l'un des classements les plus influents de la planète, les World's 50 Best Restaurants. Dans un message publié sur son compte Instagram, elle explique pourquoi ni elle ni son équipe ne feront le déplacement à Lima pour assister à la cérémonie annuelle.

Longtemps soutenue par ce classement, qui a largement contribué à faire connaître son restaurant au-delà des frontières slovènes, Ana Roš estime aujourd'hui que le système a évolué dans une direction qui ne correspond plus à sa vision du métier. Les relations publiques, les voyages de presse, les événements internationaux et les campagnes promotionnelles prendraient, selon elle, une place excessive dans la reconnaissance des restaurants. Sans parler de la nécessité d'inviter à grands frais les votants, les influenceurs, les prescripteurs, et le fait d'être poussé par les organisateurs à organiser des repas à plusieurs mains pour faire de la com.

La cheffe ne renie pas les bénéfices que lui a apportés cette organisation. Elle reconnaît même lui devoir une partie de sa notoriété internationale. Mais elle considère que la visibilité au sein de cet écosystème risque désormais de compter autant que le travail réalisé quotidiennement dans les cuisines.

Une cheffe autodidacte devenue une référence mondiale

L'histoire d'Ana Roš est celle d'une femme qui s'est imposée dans un univers longtemps dominé par les hommes. Sans formation initiale en cuisine, elle s'est construite par l'expérience, le travail et une connaissance approfondie de son territoire. Installée à Kobarid, dans la vallée de la Soča, près de la frontière italienne, elle a développé le restaurant familial Hiša Franko pour en faire l'une des destinations gastronomiques les plus recherchées d'Europe.

L'établissement avait été créé dans les années 1970 par les parents de Valter Kramar, son ancien compagnon. En 1999, le couple reprend cette maison de campagne. Ana Roš, qui se destinait initialement à une carrière diplomatique, découvre progressivement l'univers de la restauration avant de prendre les commandes de la cuisine en 2002. Sans avoir fréquenté d'école hôtelière ni suivi le parcours classique des grandes brigades, elle développe une identité culinaire personnelle.

Sa cuisine puise son inspiration dans les produits de montagne, les traditions slovènes, les fermentations et les ressources d'un territoire qu'elle connaît intimement. Une démarche qui lui permet de décrocher trois étoiles au Guide Michelin en 2023, accompagnées d'une étoile verte récompensant son engagement environnemental. Élue meilleure femme cheffe du monde par les 50 Best en 2017, Ana Roš a longtemps incarné la réussite d'une gastronomie indépendante, éloignée des grandes capitales et des circuits traditionnels de la haute cuisine.

En 2021, lors d'une interview accordée à Food & Sens, elle évoquait déjà cette liberté qui avait guidé son parcours. Elle expliquait n'avoir jamais effectué de stage dans d'autres cuisines et avoir appris son métier en suivant son instinct, ses expériences et ses propres erreurs. Une indépendance qu'elle revendique encore aujourd'hui.

Quand la visibilité devient une monnaie d'échange

Dans sa déclaration, la cheffe souligne que les restaurants consacrent désormais beaucoup de temps, d'argent et d'énergie à leur présence dans l'univers des récompenses internationales. Elle préfère investir ces moyens dans l'accueil de ses clients, le développement de ses équipes, le soutien à ses producteurs et l'amélioration permanente de son établissement.

Son message ne constitue pas une attaque contre les chefs participant aux 50 Best, dont beaucoup sont ses amis. Il s'agit plutôt d'une remise en question du fonctionnement d'un système dans lequel la capacité à se faire connaître pourrait finir par peser autant que la qualité de l'expérience proposée aux clients. Cette prise de position intervient alors que Hiša Franko vient d'apparaître à la 60e place du classement élargi 2026, dévoilé le 21 octobre, quelques jours avant la cérémonie péruvienne.

Les 50 Best face à la question de leur indépendance

Créé en 2002 par le magazine britannique Restaurant, le classement des 50 Best s'est progressivement imposé comme un outil de promotion de la gastronomie mondiale. Il a contribué à révéler de nombreux établissements et à développer le tourisme gastronomique, notamment en Amérique latine et en Asie.

Mais son fonctionnement soulève régulièrement des interrogations. Le classement repose sur les votes d'un jury international, tandis que les opérations de communication, les partenariats commerciaux et les événements organisés autour de la cérémonie ont pris une ampleur considérable.

L'organisation défend l'indépendance de son processus de vote. Les critiques d'Ana Roš ne démontrent pas l'existence de manipulations ou d'interventions directes de lobbies dans les résultats. Elles mettent néanmoins en lumière une question : un restaurant peut-il encore espérer figurer au sommet de ces classements sans participer activement aux réseaux de promotion qui les entourent ?

Pour Ana Roš, le choix est désormais fait. Elle préfère consacrer son énergie à sa maison slovène, à ses équipes et à ses producteurs plutôt que de participer à une nouvelle cérémonie internationale. Une décision qui pourrait encourager d'autres chefs à s'interroger sur le temps et les moyens consacrés à la recherche de distinctions, parfois au détriment de leur métier premier : cuisiner et recevoir. À quelques jours de la grande réunion gastronomique de Lima, cette absence annoncée donne aux 50 Best un sujet de réflexion qui dépasse largement la question des places gagnées ou perdues dans leur classement.

Et si la véritable liberté d'un chef consistait aussi à savoir s'affranchir des classements qui ont contribué à sa renommée ?

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