Qu’est ce qui ne tourne plus rond entre le guide Michelin et les chefs lyonnais ?
Rumeurs, chuchotements, incompréhension, spéculation, incertitudes … mais qu’est-ce qui ne tourne plus rond entre le guide Michelin et les chefs lyonnais ? – Lyon capitale gastronomique est-ce une époque dépassée ?
09 sept. 2019
±6min
Rumeurs, chuchotements, incompréhension, spéculation, incertitudes … mais qu’est-ce qui ne tourne plus rond entre le guide Michelin et les chefs lyonnais ? – Lyon capitale gastronomique est-ce une époque dépassée ? Plusieurs chefs lyonnais ne semblent pas comprendre ce qui se trame entre le Michelin et Lyon, la cuisine traditionnelle typiquement lyonnaise ne semble plus avoir les faveurs des inspecteurs.
» Avec la disparition de Monsieur Paul l’année dernière, c’est la fin d’une époque « nous explique un chef sur place, » ça va plus loin que Lyon, c’est toute la région qui est pénalisé par le Michelin qui n’a d’yeux que pour les restaurants luxueux installés dans les Alpes maintenant « nous explique un vigneron.
Il est vrai qu’entre les rumeurs sur le trois étoiles Paul Bocuse, la perte de l’étoile de Marc Veyrat, la vente du Léon de Lyon, mais aussi la perte d’une étoile de Guy Lassaussaie, depuis les quelques derniers mois Lyon se sent sur le grill !
Le magazine en ligne Lyon Mag a mené l’enquête … à lire ci-dessous :
Après la perte d’une étoile, le chef de Chasselay s’est expliqué avec le Michelin.
« Il faudrait que je sois encore plus que parfait », résume Guy Lassausaie, avec une certaine ironie, quand on lui demande s’il sait pourquoi il a perdu l’une de ses deux étoiles. Un restaurateur peut-il avoir une réponse argumentée de la part des responsables du guide ? C’est la question posée au chef historique de Chasselay, qui avait conquis sa deuxième étoile en 2009.
Passé le coup de gourdin, Guy Lassausaie a fait comme tous ses confrères qui ne comprennent pas : il a pris rendez-vous avec les pontes du guide rouge. Le problème serait-il lié au style de cuisine, qui aurait vieilli ? Guy Lassausaie se doute en effet que « le Michelin a voulu faire le ménage ».
Et il a bien perçu d’où venait le vent nouveau, en maniant là encore l’ironie : « Je ne cuisine pas comme ces chefs japonais créatifs qui s’appuient sur des bases traditionnelles ». Sous-entendu : ce sont eux qui ont désormais les faveurs du guide.
La direction du Bibendum ne l’a pas froissé en lui répondant : « Ce n’est pas une questionde style ». Officiellement, le diable se cacherait plutôt dans les détails : « Dessauces imparfaites, une sole trop acide,une viande légèrement trop cuite… Ledirecteur du guide France est venu cinqou six fois, les inspecteurs trois fois en unan et demi, ils ont eu l’impression qu’il yavait un certain relâchement en cuisine,tout en reconnaissant que le rapport qualité-prix reste imbattable », résume-t-il.
Les promesses n’engageant que ceux qui y croient, les rois du pneumatique se sont montrés rassurants : « La deuxième étoilereviendra quand tout sera soigné dans ledétail », ont-ils assuré au chef dépité. Lequel reste sur sa faim : « En fait, on passedeux heures à discuter, c’est très intéressant,mais à l’arrivée, on n’apprend pasgrand-chose ».
Guy Lassausaie ne baisse pas les bras pour autant. « J’aiembauché une webmasterpour gérer la communicationsur les réseaux sociaux,notamment sur Instagram,mais aussi pour développerles réservations en ligne.J’ai également pris un pâtissierqui va donner aux dessertsune présentation pluscontemporaine. Et je vaischanger la vaisselle ». Bref, Guy Lassausaie met le paquet sur la communication et sur les apparences. Mais il compte bien aussi « surveillerdavantageles cuisiniers« .
Passée l’indignation générale face à la dégradation de chefs historiques, les langues se délient. Pour certains, Haeberlin serait devenu une usine à touristes, Bocuse serait en sursis grâce à une réputation qui ne se justifie plus. Et, nous a glissé un habitué, « Guy Lassausaietourne un peu en ronddepuis quelques années,il devrait se renouveler. Etchanger le style du service,froid et distant ». Un style aujourd’hui dépassé mais qui reste la marque de nombreux restaurants gastronomiques.
On peut aussi s’interroger sur la propension des grands chefs à se démultiplier, délaissant parfois le quotidien de leur vaisseau amiral. Guy Lassausaie n’échappe pas à la tendance. Entre autres activités, il dirige la Brasserie des Confluences au musée du même nom, il est désormais le seul propriétaire du Bellooga à Villefranche-sur-Saône et il s’investit dans le restaurant du futur site de Fourvière. Rien que de très ordinaire pour un grand chef, mais cela peut jouer sur le suivi de la précision en cuisine.
À mots couverts mais acides, des langues pointues distillent leur grain de sel. Des cuisiniers lyonnais, certes de talent, ont eu une promotion dès que l’ancien journaliste du Progrès Jean-François Mesplède, qui avait sa propre agence de communication et éditait un guide, a été subitement propulsé à la tête du Michelin. Mathieu Viannay, par exemple, a obtenu sa deuxième étoile alors qu’il avait repris la Mère Brazier depuis à peine trois semaines.
C’est un peu différent pour Guy Lassausaie qui l’a décrochée deux ans plus tard, à la satisfaction générale. Mais on peut penser que la nouvelle direction du Michelin reconsidère, peut-être sans ménagement, l’attribution des étoiles dans certains fiefs comme celui Lyon.
Comme nombre de restaurateurs, Guy Lassausaie se barde de certitudes : « Laclientèle est toujours aussisatisfaite, les notes et appréciationssur les sites internetsont excellentes, y comprissur celui du Michelin. Lechiffre d’affaires ne baissepas. Et notre restaurantoffre des services, comme leparking, dont le Michelin netient pas compte. »
Et comme d’autres chefs dépités (tel Patrick Henriroux qui n’a pas obtenu la troisième étoile à la Pyramide à Vienne), Guy Lassausaie relativise l’affront que lui fait le Michelin : « C’est surtoutpour mon personnel que je suis déçu », déplore ce chef d’entreprise qui fait vivre trente personnes.
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