Arles – Renouveau culturel, hôtelier et gastronomique grâce à la mécène Maja Hoffmann
Le 21 juillet dernier, Lukas Hoffmann s’est éteint à l’âge de 93 ans en Camargue. Avec lui disparait le patriarche de l’une des familles suisses les plus discrètes du monde,
30 oct. 2016
±5min
Le 21 juillet dernier, Lukas Hoffmann s’est éteint à l’âge de 93 ans en Camargue. Avec lui disparait le patriarche de l’une des familles suisses les plus discrètes du monde, mais aussi les plus fortunées puisque propriétaire de l’empire pharmaceutique Hoffmann-La Roche.
L’homme, passionné de nature (un des pères créateur de WWF en 1961), s’était installé tôt en Camargue avec sa famille. Il était le père de quatre enfants, dont Maja, la mécène d’Arles côté art contemporain, celle dont tout le monde parle dans le sud.
Lukas Hoffmann était aussi à l’origine de la Fondation Van Gogh nouvelle formule. En 2008, il avait lancé l’idée d’un lieu d’expositions temporaires pouvant présenter des œuvres de l’artiste, lié à la ville provençale. Le Centre a ouvert en 2014 dans un immeuble ancien siège de banque, transformé en musée « arty » truffé de créations contemporaines.
En 2014, sa fille Maja (née en 1956) fut présentée comme une bouée de sauvetage pour une ville en quête d’avenir. Elle se disait prête à investir, avec sa Fondation LUMA, une centaine de millions pour créer un « pool artistique » en lieu et place des anciens ateliers-SNCF, ce qu’elle est en train de réaliser.
Elle s’est adressée à Frank Gehry, l’architecte américain qui avait conçu une tour plaquée d’un métal évoquant les touches solaires de Van Gogh. Le premier projet a été rétoqué par les Monuments historiques. Trop visible dans une ville antique et médiévale classée au Patrimoine de l’Unesco.
Un second projet a été validé, le maire communiste d’Arles Hervé Schiavetti tenait à sa mécène, 100 ou 150 millions d’euros ne tombent pas tous les jours du ciel, surtout dans une ville économiquement sinistrée, qui doit en plus entretenir la plus vaste commune de France.
Le chantier a commencé, la carcasse du bâtiment est visible, un bloc de béton de 56 mètres d’où sortent des antennes métalliques habille le ciel. Le complexe pluridisciplinaire est pharaonique : dix hectares articulés entre un parc de six hectares et cinq bâtiments ainsi Arles rayonnera jusqu’à New York, Londres, Berlin…
Tout doit bouillonner à partir de 2018 dans un interminable processus créatif. Elle a attiré dans ses filets Benjamin Millepied, fraîchement démissionnaire de l’Opéra de Paris. Le danseur et chorégraphe s’installera en résidence avec sa compagnie L.A. Dance Project pendant trois ans à la Fondation LUMA.
Hottelerie et restauration
La mécène Maja Hoffmann continue aussi à investir dans Arles, elle a ouvert un premier établissement de luxe, dans le quartier de La Roquette, L’Hôtel Particulierest devenu une demeure de charme. Elle a repris l’Hôtel du Cloître, transformé aussi en lieu « arty ». Elle aurait même acheté les maisons contiguës à celui-ci, afin de l’agrandir. Certains Arlésiens assurent même qu’elle possédera bientôt le légendaire Hôtel Nord Pinus, sur la place du Forum, ses actuels propriétaires souhaiteraient se retirer.
Maja Hoffmann est aussi propriétaire de – La Chassagnette – l’établissement étoilé aux portes d’ Arles ( au Sambuc ), dans le cœur sauvage du delta du Rhône où officie le chef Armand Arnal.
Le Chef est l’atout gastronomique de la mécène, il participe souvent aux projets développés par sa propriétaire. Comme avec le restaurant du Réfectoire, ouvert dans le parc des Ateliers, à Arles, où finit de se construire la tour totem de Frank Gehry.
« Aucun mal à comprendre le coup de foudre d’Armand Arnal quand, en avril 2006, le cuisinier mit pour la première fois les pieds à La Chassagnette. Si, comme souvent en Camargue, l’endroit se dissimule d’abord derrière une haie de roseaux, impossible de ne pas s’émerveiller en pénétrant dans ce lieu qu’on définira plus volontiers comme un biotope que comme un restaurant. La magie opère dès qu’on passe le petit pont franchissant la « roubine » qui longe ce domaine où une ancienne bergerie fut jadis rénovée en demeure de charme. Plus que la rustique élégance des pierres, c’est la luxuriance de leur immense écrin de verdure qui fait basculer dans un autre univers. Soit près de 3 hectares de jardin, verger et potager entremêlés en un festin de couleurs et de parfums.
Figuiers odorants, grenadiers aux bombinettes luisantes, troncs noueux des mûriers et des oliviers, cognassiers croulant sous leurs fruits duveteux, plants grimpants de tomates, piments et poivrons, aubergines dodues aux robes blanches, noires ou lilas, multiples aromates mélangés aux éclatants massifs de fleurs… Le crépuscule de l’été n’est pas le pire moment pour profiter de cet éden – certifié bio – aux quelque 350 variétés de plantes, fruits et légumes. » écrivait Le Monde la semaine dernière.
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